Episodios

  • L’été austral en Afrique du Sud: des retraités abandonnés dans les maisons municipales de Johannesburg [3/4]
    Jan 16 2026

    En Afrique du Sud, à Johannesburg, l’effondrement des services publics a un impact considérable sur les personnes âgées. Les 39 maisons de retraite publiques de la ville sont en faillite, sans budget pour les réparer ou les rénover. Au fil des années, les murs s’effritent et se fissurent, des toits s’effondrent, et certains appartements restent vides, trop insalubres pour être loués, attirant alors la convoitise des criminels. Sur place, c’est le système D pour les résidents précaires, qui n’ont pas les moyens de vivre dans une résidence privée.

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  • Afrique du Sud: le recyclage des claquettes au Cap [2/4]
    Jan 15 2026

    Alors que les vacances estivales touchent à leur fin en Afrique du Sud, zoom aujourd'hui sur un artiste qui transforme les tongs des touristes en souvenirs de vacances. Une initiative artistique, mais aussi environnementale, alors que l’Afrique du Sud est l’un des plus gros pollueurs plastique du continent.

    Le site de la boutique de Davis Ndungu

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  • Été austral au Cap: une soupe populaire pendant les fêtes [1/4]
    Jan 14 2026

    C'est la fin de l'été austral au Cap, en Afrique du Sud. À cette occasion, RFI propose une série de reportages en quatre volets. Aujourd’hui, notre correspondant sur place a suivi une soupe populaire car la ville, au-delà de sa carte postale touristique, de ses paysages à couper le souffle et de ses plages branchées, est aussi et surtout particulièrement inégalitaire, avec une urbanisation héritée de l’apartheid qui continue de placer certains groupes - principalement les communautés noires et métisses - loin des centres économiques.

    De notre correspondant au Cap,

    Dans cette cuisine où résonne le bruit des couvercles en métal, on respire l’odeur des tomates qui mijotent. « Je suis le fondateur de Ladles of Love. Aujourd’hui, on a un émincé de soja que nous allons servir avec de la purée de pommes de terre », lance Danny Diliberto.

    Cet ancien restaurateur a décidé d’abandonner son tablier de cuisinier traditionnel il y a une dizaine d’années pour lancer Ladles of Love - des louches d’amour en français. Pour lui, « les inégalités sont très difficiles à accepter. Et je pense qu’on ne peut pas rester dans notre bulle sans rien faire ! »

    Dany parle de « bulle » parce que le Cap, c’est l’une des villes qui accumule le plus de richesse privée sur le continent africain, mais aussi une ville où environ un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. C’est pour cette raison que Paddy a choisi d’enfiler son t-shirt de bénévole. « Je ne suis pas là pour critiquer les touristes mais je pense qu'il y a vraiment un fossé avec Camps Bay ou Sea Point : ce sont des endroits magnifiques mais qui, d’une certaine manière, ne représentent pas entièrement la ville du Cap. Et c'est quand on prend un peu de recul qu'on commence à voir ce qu'est réellement Le Cap, ce qu'il s'y passe vraiment. »

    L’association distribue 4 500 repas chaque semaine

    La maman de Danny, Jeannine, est très fière de son fils. À 80 ans, elle est encore très dynamique. « Je viens de temps en temps éplucher les pommes de terre et les carottes », affirme-t-elle.

    À l’extérieur de la cuisine, sur le parking, une longue file d’attente se met en place. « Je suis avec ma fille, ma petite dernière. Elle a deux ans. C’est très important pour elle, parce qu’elle est heureuse de pouvoir manger ! », témoigne cette mère.

    Chacun leur tour, ces hommes, femmes et enfants attrapent une assiette bien pleine et un verre de jus. Jennifer, 61 ans, fait partie des personnes accueillies. « En venant ici, on reçoit bien plus qu'un repas, on reçoit de l'espoir ! Quiconque a le ventre plein peut alors sourire. Moi, à deux ans, on m’a retirée de chez ma mère car elle avait de très graves problèmes de drogues. Puis, à mes 16 ans, elle a demandé à me récupérer. Mais je ne la connaissais presque pas, alors je me suis enfuie, j'ai commencé à vivre dans la rue et à me débrouiller seule. Vous connaissez cette chanson de Rihanna, « Diamond » ? C’est mon message au monde : soyez libre, et n’oubliez pas de parler à quelqu'un ! »

    L’association Ladles of Love distribue 4 500 repas chaque semaine.

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  • La Lead Academy Maroc, quand le foot sert de tremplin au renforcement des capacités académiques
    Jan 13 2026

    Près de Casablanca, la Lead Academy Maroc accueille près de 140 enfants issus de milieux défavorisés et les forment grâce au foot. Mais pas question de faire de tous ses bénéficiaires de futurs champions : l'objectif de la structure est de s’appuyer sur le sport pour faire émerger une génération de leaders au sein des quartier populaires.

    De notre correspondant à Casablanca,

    Face au tableau interactif, une vingtaine d’enfants écoutent avec attention leur professeure d’arabe. Les élèves-athlètes suivent un double cursus : à l’école publique le matin, à l’académie l’après-midi. Les salles de cours ont été installées au bord d’un stade. Les enfants peuvent ainsi passer de leur classe directement à l’entraînement.

    Une structure en appui aux parcours scolaires

    « Il y a des valeurs et des compétences que l'on peut apprendre par le sport de manière assez naturelle, à travers une passion. On peut ainsi développer un citoyen », affirme Fatima-Azzahra Benfares, la directrice des programmes et co-fondatrice de la Lead Academy Maroc où le foot vient en appui aux parcours scolaires mais sert aussi à faire tomber les barrières de genre.

    Exemple avec Khadija qui a 13 ans et qui veut devenir coach. « Devenir une coach, c'est un excellent choix, je pense. Mais en tant que fille, tu fais face à beaucoup de problèmes, notamment avec les hommes qui disent qu'elles ne doivent pas jouer au foot. Moi, j’ai reçu beaucoup de critiques parce que, pour eux, c’était quelque chose de bizarre », confie-t-elle.

    La Lead Academy offre à Khadija le « support » nécessaire pour poursuivre dans cette voie. Ici, les entraînements sont mixtes jusqu’à l’âge de 13 ans et des espaces sûrs sont mis en place pour créer une bulle d’égalité fille-garçon.

    « Il y a une envie d'exceller, de pouvoir réussir des projets »

    « Les résultats sont là parce qu'à chaque fois, on voit des transformations chez des élèves qui ont commencé à avoir confiance en eux. Et ils sont des leaders dans leur groupe, en classe comme sur le terrain. Quand j'ai été recruté, au début, il y avait des élèves qui étaient très timides, ils n'osaient pas parler », raconte Hamza Ammor, le directeur sportif de l'organisation.

    Les succès récents de l’équipe nationale marocaine, depuis l’épopée du Qatar, entrent en résonance avec le travail de la Lead Academy Maroc.

    « À partir de la Coupe du monde de 2022, il y a quelque chose qui s'est débloqué en termes d'état d'esprit et qui va au delà du football. Il y a une envie d'exceller, de pouvoir réussir des projets même des années après, parce que l'investissement dans le football au Maroc a commencé beaucoup plus tôt », souligne Fatima-Azzahra Benfares.

    Les Lions de l’Atlas figurent dans le dernier carré de la CAN organisée dans le royaume. Leur victoire pourrait être une nouvelle source d’inspiration pour les élèves de la Lead Academy Maroc.

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  • Centrafrique: le marché central de Bangui tombe en ruines
    Jan 12 2026

    En Centrafrique, le marché central de Bangui, l'un des maillons économiques de la capitale centrafricaine depuis plus de quarante ans, tombe progressivement en ruines. Autrefois lieu où commerçants, artisans et transporteurs faisaient prospérer leurs activités, ce lieu emblématique du 1ᵉʳ arrondissement est aujourd’hui menacé par l’insalubrité, les fissures, les toitures effondrées et l’absence de systèmes d’évacuation. Commerçants et clients continuent de s’y rendre malgré les risques, mais la situation interpelle : la réhabilitation de ce joyau du commerce banguissois n’est plus une option, c’est une urgence.

    De notre correspondant à Bangui,

    « En tant que commerçante, je souffre en voyant l’état actuel du marché. Le sol est toujours sale, boueux et jonché de déchets. Les ordures s’accumulent pendant des jours sans être ramassées, ce qui attire les mouches et les rats et provoque des odeurs insupportables. » Dans ce couloir étroit, Cécile avance difficilement. Vendeuse de légumes, elle montre du doigt les contraintes de son environnement de travail. « Le gouvernement doit écouter nos peines. Il n’y a pas d’eau courante, les toilettes sont inexistantes ou complètement insalubres, l’hygiène n’est pas respectée, faute de moyens et de suivi. Pourtant, nous vendons ici tous types d’aliments que le peuple centrafricain consomme », reprend-t-elle.

    Une source vitale d’emplois et de revenus pour les ménages

    Inauguré en 1980, le marché central de Bangui s’étend sur près de 6 000 m². Ses murs à étages, peints en vert et jaune, portent les marques du temps : fissurés et délabrés, ils n’échappent pas au regard de Brandao, un usager du lieu. « Plusieurs toitures ont été enlevées. Il y a des fuites d'eau aux étages, dans les kiosques et dans les magasins. Les installations électriques sont réalisées de manière anarchique et remontent à plusieurs décennies, ce qui provoque régulièrement des incendies dus à des courts-circuits. Voyez-vous cette partie du bâtiment ? Elle menace de s'effondrer. Ça fait peur ! », énumère celui-ci.

    Depuis sa création, ce marché constitue une source importante d’emplois et de revenus pour des milliers de ménages, notamment dans le secteur informel. Aujourd’hui, commerçants et clients se déclarent exposés à des risques permanents.

    « Ce grand lieu de commerce accueille l’essentiel des échanges commerciaux - formels et informels - de la capitale. Il assure l’approvisionnement quotidien de la population en produits alimentaires, manufacturés et artisanaux, en reliant producteurs, grossistes et détaillants. Cependant, sa dégradation met en danger la santé, voire la vie de tous. Nous demandons simplement sa réhabilitation », développe Brandao.

    « Des plans ont été initiés avec le soutien du gouvernement »

    Conscient de cette situation, Sylvain Djamani, directeur de cabinet du président de la délégation spéciale de la ville de Bangui, assure qu’un projet de réhabilitation du lieu est en cours : « Pour des raisons diverses - vision, finance, conjoncture - il n'y a pas eu de plan de réhabilitation de ce marché. Ces derniers mois, nous avons mobilisé nos partenaires nationaux et internationaux. Des plans ont été initiés avec le soutien du gouvernement et nous espérons, dans les prochaines semaines, qu'ils vont aboutir ».

    Aujourd'hui, une grande partie des habitants de la capitale préfère éviter le marché une fois la nuit tombée. Les étals se retrouvent souvent plongés dans l’obscurité, et des incidents tels que des vols ou des agressions y sont régulièrement signalés.

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    2 m
  • Côte d'Ivoire: Rubino, le village qui entretient la mémoire de la résistance à la présence coloniale française
    Jan 11 2026

    Situé dans le sud-est de la Côte d'Ivoire, le village de Rubino porte le nom d'un officier de l'armée coloniale française contre lequel le peuple abé s'est révolté, le 7 juillet 1910. Un événement dont ses habitants entretiennent aujourd'hui encore la mémoire pour rendre hommage à la résistance de leurs aïeux.

    C’est un petit chemin au milieu d’une forêt. Un pont, totalement désossé, témoigne du mouvement de révolte du peuple abé contre Rubino, un officier de l’armée coloniale française.

    Jean-Claude, un jeune du village, connaît cet épisode par cœur. « Ici se trouve le pont où il a été tué. Ce sont les Abés qui en ont démonté les boulons à la main. Quand le train est arrivé, il n'a pas pu traverser. C'est là que M. Rubino s'est fait attraper et qu'il a été tué », raconte-t-il.

    Une révolte contre le travail forcé

    Plus d’un siècle après les faits, les habitants de Rubino perpétuent la mémoire du site : au-delà de la figure contestée de l’employé de la CFAO, le peuple abé s’est surtout révolté contre le travail forcé.

    « Rubino, c'est un colon. Il était présenté comme un commerçant, mais en réalité, il faisait du trafic d'or. Il emmerdait les villageois et les dépouillait de leurs biens, ce qui agaçait les doyens du village. Pour éviter ce comportement, il fallait donc faire quelque chose », raconte Eddie Patrick, un habitant de Rubino.

    Le mausolée du colon, qui se trouve au cœur de la forêt, est aujourd'hui devenu un lieu spirituel, explique Nanan Lambert Koffi Kokola, le chef de terre de Rubino, « parce qu'il est situé sur une terre sacrée où se trouvent des esprits, bien sûr, et des rivières. Pour nous, le peuple abé, c'est un lieu où l'on vient se recueillir parce que c'est ici que nos aïeux ont fini par avoir leur liberté ».

    Une exposition pour revisiter l’histoire du pays

    Après cette révolte, une nouvelle voie de chemin de fer a été construite, à une centaine de mètres de la précédente seulement. Dans son exposition intitulée Radio Ballast, le photographe François-Xavier Gbré en documente le tracé, comme pour revisiter l’histoire du pays.

    « Cette ligne de train a connu le temps colonial, le temps moderne marqué par l'indépendance, et fonctionne toujours aujourd'hui. Elle traverse trois époques : celle de la colonie, celle de l'indépendance et la période contemporaine. »

    Des touristes et des passionnés d’histoire viennent de temps à autre visiter le site.

    À écouter aussiFrançois-Xavier Gbré capte les rumeurs de l'histoire dans ses photos

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  • Afrique du Sud: quand la jeunesse dialogue avec ceux qui ont libéré le pays du joug de l'apartheid
    Jan 10 2026

    En Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa a appelé au dialogue national à travers une initiative lancée au mois d'août dernier : partout dans le pays, les Sud-Africains sont invités à échanger pendant un peu moins d’un an dans des écoles ou des lieux de culte. Objectif : ouvrir un nouveau chapitre de la démocratie sud-africaine, plus de trente ans après la fin de l'apartheid, à un moment où la nation arc-en-ciel est confrontée aux inégalités, au chômage et à la criminalité. Pour illustrer ce dialogue national, notre correspondant Valentin Hugues a participé à deux jours d’échange intergénérationnel à Soweto.

    De notre correspondant à Johannesburg,

    Le lieu de ces deux jours d’échange n’a pas été choisi au hasard. Nous sommes à Soweto, township au coeur de la lutte anti-apartheid. C’est ici que la jeunesse s’est soulevée en 1976 et que le régime de l'époque l'a réprimée dans le sang. Près de 50 ans plus tard, la jeune génération née après la fin de l’apartheid - que l’on appelle « Born Free » -, comme Thusoetsile Lobateng, discute avec celles et ceux qui ont libéré le pays.

    « Ils se sont battus pour la liberté, on est d’accord. Mais ensuite, il y a eu un manque de transmission, ils ont oublié de nous dire que ça ne s'arrêtait pas là et que c'était à notre génération d'enraciner cette liberté », tient à souligner Thusoetsile Lobateng.

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    « Repenser complètement la manière dont nous faisons société »

    L’objectif est donc de réparer le pont entre ces deux générations et de se parler franchement. « Je pense que la plus grande erreur a été de croire naïvement que tous les Sud-Africains étaient naturellement prêts à construire ensemble leur pays. Il y a beaucoup de choses que nous avons trop rapidement considérées comme acquises : que tout le monde voudrait une société juste et équitable par exemple, et que ceux qui avaient été mis de côté par l'apartheid - en grande partie les personnes noires et les femmes - seraient au centre de la transformation du pays », met en évidence Thoko Mpumlwana, une figure de la lutte anti-apartheid.

    Ce jour-là, Thoko Mpumlwana partage la scène avec Sizwe Mpofu-Walsh, une figure de la jeunesse, leader des manifestations contre les frais d'université, aujourd’hui très suivi sur les réseaux sociaux.

    « Nous devons repenser complètement la manière dont nous faisons société. En ce moment, on parle d'un dialogue national, mais en réalité, c'est au Parlement que cela devrait se passer. Cette institution est tellement défaillante qu’elle ne permet pas d'exprimer les véritables conversations que les gens veulent avoir. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres », relève Sizwe Mpofu-Walsh.

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    Ouverture d'un nouveau chapitre de la démocratie

    L’un des organisateurs de cet échange à Soweto, Boutchoko Dithlake, fait aussi partie du comité d’organisation du dialogue national lancé en août dernier par Cyril Ramaphosa.

    « Aujourd’hui, c'est une contribution à ce dialogue national. Cette interaction avec les jeunes est fondamentale pour l'orientation que prend le pays. Parce que nous avons accompli certaines choses, mais nous avons aussi mis le pays dans une situation difficile. La pauvreté augmente, le chômage augmente. Tout cela affecte les jeunes, alors je pense que le moment est venu de leur passer le relais », appuie Boutchoko Dithlake.

    Pendant cette période de dialogue national, tous les Sud-Africains sont invités à échanger comme ici à Soweto, pour ouvrir un nouveau chapitre de la démocratie.

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  • «Les soldats, parfois, étaient des camarades de la rue»: les shamassa, ces enfants de la guerre au Soudan
    Jan 9 2026

    Depuis la reprise de Khartoum, la capitale du Soudan, par l’armée régulière, les habitants s’activent à travers les décombres pour déblayer la ville et panser leurs plaies. Parmi eux, il y en a pour qui la guerre n’a pas changé grand-chose : des milliers d’enfants des rues qui ont grandi dans la violence bien avant le conflit actuel. Souvent issus du sud du Kordofan ou du Darfour, des régions marginalisées en proie aux conflits armés depuis des décennies, parfois orphelins ou abandonnés par les adultes, des hordes d’enfants continuent d’errer dans les rues de la capitale. Surnommés en arabe « les shamassa », les enfants du soleil, ils ont été des proies faciles pour les groupes armés et notamment les paramilitaires. Dans les rues d’Omdurman, notre correspondant a rencontré James, qui raconte la guerre à hauteur d’enfant.

    James a 16 ou 17 ans, il ne sait pas vraiment. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il est originaire des monts Nuba. Une région rebelle bombardée par le régime d’Omar el-Béchir au début des années 2010. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, James a toujours été à la rue : « J’ai fait tous les boulots. Nettoyer les bagnoles, cirer des chaussures, faire le ménage, la plonge dans les restaurants. Je connais la ville par cœur. J’ai dormi dans ses rues. Sur un bout de carton. Au bout d’un moment, dormir dehors ça ne te fait plus rien. Tu n’as plus peur de rien. Un jour ici, un jour là, tu te débrouilles. »

    Exploités, humiliés par le monde des adultes, la plupart de ces enfants se sont retrouvés livrés à eux-mêmes en plein milieu de la guerre. Pour tout gagne-pain, James allait puiser de l’eau dans un quartier cerné par les miliciens des Forces de soutien rapide (FSR) : « Tu marches dans la rue, ils t’insultent, te dépouillent, te frappent sans raison. Tu repars les mains vides. Les soldats, parfois c’étaient des camarades de la rue, encore plus jeunes que moi. La veille, ils te disent qu’ils vont prendre les armes, toi tu penses que c’est une blague, mais le lendemain ils reviennent avec un flingue. Des tonnes de gars ont rejoint les paramilitaires. Beaucoup sont morts. »

    Pourquoi je ne suis pas né dans un autre pays ?

    Si on lui a proposé plusieurs fois de porter une arme, James a toujours refusé. D’autres ont participé au pillage de la capitale aux côtés des milices, témoigne Khamis Younès, responsable du Markaz Mahaba, un centre social qui accueille une trentaine d’enfants des rues : « Certains les ont rejoints, à 16 ou 17 ans, ils devenaient des soldats. Ils se sont fait embrigader. Même avant la guerre, les Forces de soutien rapide séduisaient les jeunes avec des salaires élevés. Là, les gamins avaient l’occasion d’avoir une voiture, de conduire comme des rois, d’être payés jusqu’à 6 millions de livres, ça en a convaincu certains. »

    Dans ce petit centre social, les enfants apprennent des rudiments de cuisine, de soudure, de quoi se débrouiller au dehors. Si certains vont à l’école. James, lui, préfère nettoyer les voitures pour pouvoir s’offrir un verre de thé ou des cigarettes : « Dans cette société je ne peux pas revendiquer mes droits. Parfois je me dis : "mec, ce pays ne t’a rien donné. Il faut que je me barre". Au fond, qu’est-ce qui m’a amené ici ? Pourquoi je ne suis pas né dans un autre pays ? Ici on vivait dans la violence bien avant cette guerre. Dieu merci, on respire encore. »

    Depuis le début de la guerre, plus de 5 millions d’enfants ont été déplacés par les combats à travers le Soudan. Des milliers d’entre eux risquent de finir à la rue. Ils rejoindront James et l’armée invisible des enfants du soleil.

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