Episodios

  • Taïwan, «l’archipel des possibles» selon la revue Esprit
    Apr 19 2026

    Rendez-vous mensuel avec la revue Esprit dans le magazine Idées ce dimanche. « Taïwan, l’archipel des possibles », tel est le titre du dossier du numéro d’avril qui met l’accent sur la singularité de l’île. Il est coordonné par Jean‑Yves Heurtebise, spécialiste de la pensée chinoise à l’université Sun Yat Sen. En ligne de Taïwan, il est l’invité de Pierre-Edouard Deldique, ainsi que la directrice de la revue, Anne-Lorraine Bujon.

    Le dossier l’affirme: dans un monde marqué par la montée des conflits, la remise en cause du droit international et l’affirmation de régimes autoritaires, Taïwan fait figure d’exception.

    L’île combine en effet une démocratie vivante, une société civile active, une créativité culturelle remarquable ainsi qu’une capacité d’innovation technologique reconnue.

    Comme il le précise dans l’émission Jean-Yves Heurtebise propose de lire Taïwan non comme un modèle imposable, mais comme un contre‑exemple à l’idée selon laquelle la modernité chinoise serait nécessairement autoritaire.

    Comme d’habitude, le dossier est une somme de contributions de spécialistes.

    Tanguy Lepesant analyse la position stratégique de l’île. Son article montre comment la géographie nourrit à fois la vulnérabilité de l’île montagneuse mais aussi sa capacité de résilience .

    Paul Jobin replace Taïwan dans les flux économiques et politiques de l’Asie. Loin d’être périphérique, l’île est un carrefour de la globalisation avec son industrie des semi‑conducteurs et ses liens avec le Japon, la Corée et l’Asie du Sud‑Est.

    Vincent Rollet revient sur la gestion taïwanaise du Covid‑19, souvent citée comme exemplaire. L’article montre comment la mémoire du SARS, la confiance institutionnelle et la mobilisation citoyenne ont permis une réponse rapide et efficace.

    Gwennaël Gaffric explore, lui, la littérature taïwanaise contemporaine à travers la métaphore du tremblement, qui renvoie à la fois aux séismes géologiques et aux secousses d’une société plurielle.

    Corrado Neri analyse l’essor des technologies immersives (XR) à Taïwan, présentées comme un laboratoire de modernité culturelle. L’île y apparaît comme un terrain d’expérimentation où se croisent innovation technologique et création artistique.

    Dans sa conclusion, le coordinateur du dossier propose une réflexion stimulante : Taïwan serait un miroir pour l’Europe, révélant ses hésitations stratégiques, ses fragilités démocratiques et son rapport ambivalent à la puissance.

    De tout cela, il est question dans ce numéro d’Idées.

    Comme souvent dans Esprit, le dossier Taïwan est accompagné d’articles variés, sur le concept de civilisation par exemple, ou l’affaire Epstein et la question de la transparence, ou bien encore sur Sarte le « mal aimé ».

    Sans oublier, bien sûr, l’éditorial consacré cette fois à l’information sur la guerre intitulé : « Trop d’images, pas assez d’information ».

    Anne-Lorraine Bujon y revient au cours de ce nouveau numéro d’Idées, le magazine qui interroge ceux qui pensent le monde.

    Programmation musicale :

    - Recite - Lim Giong

    - San Min Chu-i - Hymne de Taïwan (République de Chine)

    - Where I’m from - Dungi Sapor, Tjaka

    - A pure person - Jieh

    - A pure person (BO du film Millenium Mambo) - Lim Giong

    - Intro - Dungi Sapor.

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    55 m
  • La Commune, guerre civile française selon l’historien Michel Winock
    Apr 12 2026

    Cette semaine, Pierre-Edouard Deldique consacre un numéro d’Idées à « La Commune. La guerre civile des Français (18 mars 1871) pour reprendre le titre du dernier livre en date de Michel Winock, son invité.

    Pourquoi ce choix ? Parce que cet épisode de l’histoire de France revient très souvent dans le débat d’idées car symbole de la division (certains diraient chronique) de ce peuple.

    L’historien, spécialiste de la vie politique française, choisit de raconter la Commune à travers une journée fondatrice : le 18 mars 1871, au cours de laquelle les Parisiens se sont soulevés et où la fracture entre la capitale d’une part et le gouvernement réfugié à Versailles, d’autre part, est devenue béante.

    Au micro, avec un don de conteur, Michel Winock raconte une France traumatisée ; défaite contre la Prusse, chute du Second Empire et siège éprouvant de Paris ont laissé un pays exsangue. Dans la capitale, la population, affamée et politisée, refusa la politique de conciliation menée par Adolphe Thiers.

    L’auteur montre comment cette situation explosive rendait inévitable l’affrontement entre un gouvernement soucieux de restaurer l’ordre et une ville qui se vivait comme le dernier bastion de la République.

    Le cœur du livre – publié logiquement dans la fort ancienne collection « Les journées qui ont fait la France » - repose sur la description minutieuse de cette journée décisive, lorsque Thiers ordonna la récupération des canons de la Garde nationale installés à Montmartre, quand l’opération tourna au fiasco. Les soldats fraternisèrent alors avec la foule, deux généraux furent exécutés, et le gouvernement s’enfuit à Versailles.

    Dans sa conversation avec Pierre-Edouard Deldique, l’historien restitue l’atmosphère électrique de ces heures où tout semblait possible. C’est dans le chaos que naquît la Commune de Paris, un pouvoir insurrectionnel partisan d’une démocratie directe, sociale et populaire, un pouvoir divisé, jacobins contre les fédéralistes, socialistes versus anarchistes par exemple.

    Ces tensions ont affaibli la capacité de la Commune à résister à l’État représenté à Versailles et ces divisions résonnent encore aujourd’hui. Michel Winock souligne en effet que cet éclatement préfigurait les fractures durables de la gauche française, encore perceptibles aujourd’hui.

    Les derniers chapitres du livre sont consacrés à la « Semaine sanglante » de mai 1871, lorsque les troupes versaillaises reprirent Paris, quartier par quartier, des jours de répression décrits avec sobriété, la violence extrême de la répression : exécutions sommaires, combats de rue, incendies, milliers de morts.

    Il rappelle que cette répression constitue l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire contemporaine française. Elle laisse une cicatrice durable dans ce que l’on a coutume d’appeler la mémoire collective.

    Au micro de l’émission, et dans son livre, l’historien s’intéresse de près au rôle des femmes durant ces jours de fièvre, et pas seulement la plus célèbre aujourd’hui, Louise Michel (font une biographie engagée, écrite par Edith Thomas est publiée chez Gallimard).

    Livre d’histoire, l’ouvrage de Michel Winock s’avère aussi un ouvrage de réflexion politique. L’auteur interroge en effet ce que la Commune dit de la France, ses divisions, sa culture politique marquée par la radicalité et la méfiance envers le pouvoir central. Il montre aussi comment la Commune est devenue un mythe en quelque sorte, célébré par certains, honni par d’autres, et toujours présent dans les débats contemporains.

    Comme le recommande Franz-Olivier Giesbert, dans son éditorial du « Point » (9 avril) : « Lisez et faites lire la Commune de Michel Winock pour y apprendre tout ce dont nous sommes capables et pour tout faire afin que ne soit pas rajouté un jour, par notre faute collective, un nouvel affrontement au grand fleuve sanglant qui traverse nos siècles d’une tuerie de masse l’autre ».

    Programmation musicale :

    - Le Temps Des Cerises (auteur Jean-Baptiste Clément ; compositeur : Antoine Renard) - Giovanni Mirabassi

    - Le Temps Des Cerises - Pascal Comelade

    - Le Temps Des Cerises - Yves Montand.

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    45 m
  • La démocratie est impossible selon Pascal Boyer
    Apr 5 2026

    C’est un constat un tantinet inquiétant que formule au micro de Pierre-Edouard Deldique, dans le magazine IDÉES ce dimanche, Pascal Boyer, anthropologue, expert en anthropologie cognitive, une spécialité qu’il nous explique dans l’émission.

    Dans son dernier livre en date, L’impossible démocratie chez Robert Laffont, Pascal Boyer poursuit son exploration de l’anthropologie cognitive en l’appliquant cette fois au domaine politique.

    Son hypothèse est simple, voire dérangeante : la démocratie moderne repose sur des attentes psychologiques qui ne correspondent en rien ou presque à notre architecture cognitive héritée de l’évolution humaine.

    Au fil des pages, l’auteur, professeur aux États-Unis, propose ainsi une relecture des crises contemporaines — polarisation, populisme, défiance — à partir de mécanismes mentaux profondément enracinés.

    Selon lui, il existe un fossé entre nos institutions démocratiques, les constitutions par exemple, et leurs pratiques, et nos intuitions.

    Au micro de l’émission, fort de ses recherches en Afrique notamment, Pascal Boyer estime que pour être efficientes, les démocraties libérales supposent par exemple des citoyens capables de raisonner de manière abstraite, d’accepter le compromis, de tolérer l’incertitude, de reconnaître la légitimité d’adversaires politiques.

    Or, selon notre expert, ces dispositions sont contre-intuitives.

    Nos intuitions politiques, façonnées dans des sociétés de petite taille, favorisent, elles, la cohésion du groupe, la méfiance envers l’étranger, la sacralisation de certaines valeurs, la recherche de leaders protecteurs en période de menace.

    En clair, la démocratie exigerait de nous des comportements que notre évolution n’a pas retenus. C’est un type de régime exigeant, fragile, qui demande aux individus de dépasser des intuitions profondément ancrées.

    Qu’on se le dise: la démocratie ne va pas de soi, elle exige des efforts permanents, d’où sa fragilité. Comme le notait Cornelius Castoriadis, reprenant Thucydide, « il faut choisir, se reposer ou être libre ».

    Pascal Boyer, L’impossible démocratie (Flammarion)

    Programmation musicale :

    - ‎‎Patti Smith - People Have The Power

    - ‎‎Tracy Chapman - Talkin' Bout A Revolution

    - ‎‎Jamiroquai - When You Gonna Learn.

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    49 m
  • La revue Esprit et «les nouveaux territoires des drogues»
    Mar 29 2026

    Comme chaque mois, Pierre-Édouard Deldique consacre un numéro d’IDÉES au dossier de la revue ESPRIT, partenaire de l’émission. Anne-Lorraine Bujon, sa directrice, est son invitée, ainsi que Marie-Jauffret Roustide qui propose avec Jean-Marxence Granier, un dossier complet sur les questions du narcotrafic et de la dépendance aux drogues.

    Un dossier qui va au-delà de la nécessaire répression du trafic. Elle ne suffit pas, dit au micro Marie Jauffret-Roustide. Cette approche ne protège pas la société et fragilise les usagers, tout en empêchant d’imaginer des politiques publiques cohérentes.

    Comme le veut la revue, le dossier se distingue par une pluralité de voix : chercheurs, acteurs de terrain, responsables associatifs, élus, usagers, qui permet de saisir la complexité d’un phénomène qui concerne rien de moins que la santé publique, la sécurité, l’économie informelle, les politiques urbaines et les trajectoires individuelles.

    Comme le note Anne-Lorraine, dans l’émission, le dossier est ouvert sur le monde. Il parle de « l’impérialisme étatsunien » et de son usage politique du thème des drogues ou bien de l’Afghanistan et les recompositions géopolitiques autour de l’opium.

    Cette dimension internationale rappelle que les politiques nationales ne peuvent être pensées isolément. L’un des apports majeurs du numéro est la comparaison européenne, qui met en lumière des modèles alternatifs au Portugal souvent cité par Marie Jauffret-Roustide, ou du pragmatisme suisse.

    Outre ce dossier riche, on notera aussi que ce numéro de la revue Esprit consacre son éditorial à la situation politique française marquée, selon elle, par « un attentisme irresponsable » ou bien encore, parmi beaucoup d’autres, un article sur le paradoxe du « wokisme » qui, voulant défendre les minorités, peut parfois les fragiliser.

    Le site de la revue.

    Programmation musicale

    - ‎‎Neil Young - Needle And The Damage Done

    - ‎‎Mariane Faithfull - Sister Morphine

    - ‎‎U2 - Running To Stand Still.

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    52 m
  • Catherine Van Offelen : la prudence n’est pas ce que vous croyez
    Mar 22 2026

    Entre la fuite en avant et le principe de précaution, notre invitée, érudite, Catherine Van Offelen propose une voie médiane, subtile et audacieuse : celle de la phronesis, cette prudence antique qui n’a rien de timorée. (Rediffusion du 7 septembre 2025)

    Dans son essai Risquer la prudence, elle exhume une vertu oubliée, à la fois pratique et courageuse, capable de guider l’action humaine dans l’incertitude.

    Catherine Van Offelen en parle avec une précision rare dans ce nouveau numéro d’Idées au micro de Pierre-Édouard Deldique.

    Contrairement à l’idée moderne de prudence – souvent associée à l’immobilisme ou à la peur du risque – cette jeune intellectuelle nous rappelle que la phronesis aristotélicienne est une forme de sagesse active. Elle ne consiste pas à éviter le danger, mais à l’évaluer avec justesse, à décider malgré l’ambiguïté, et à agir avec discernement. C’est une prudence qui ose, qui tranche.

    L’auteure critique le règne du principe de précaution, devenu selon elle un dogme paralysant. Elle plaide pour une réhabilitation de la décision humaine, fondée sur l’expérience, le jugement et une forme de courage intellectuel.

    Catherine Van Offelen, aux multiples références, puise dans les textes d’Aristote, mais aussi dans les traditions stoïcienne et chrétienne, pour montrer que la prudence n’est pas une faiblesse, mais une force. Elle est la vertu du capitaine dans la tempête, du médecin face à l’incertitude, du citoyen dans un monde complexe.

    Dans un style limpide et rigoureux, elle tisse des liens entre philosophie antique et enjeux contemporains : écologie, politique, éthique médicale, intelligence artificielle.

    Partout, la phronesis apparaît comme une boussole précieuse.

    Risquer la prudence est plus qu’un essai philosophique : c’est une invitation à penser autrement notre rapport au risque, à l’action et à la responsabilité. En réhabilitant cette vertu oubliée, Catherine Van Offelen nous offre une clé pour naviguer dans l’incertitude sans renoncer à agir.

    Son enthousiasme est roboratif. Il nous invite à être prudent, mais pas trop…

    Catherine Van Offelen, Risquer la prudence – Une pratique de la sagesse antique (Gallimard)

    Programmation musicale :

    - Brad Mehldau – Dear Prudence

    - Yves Jamait – Ah ! la Prudence

    - Louis Sclavis – Aboard Ulysses's boat.

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    43 m
  • Quand Marcel Gauchet remonte aux origines des idéologies
    Mar 15 2026

    Dans IDÉES ce dimanche, Pierre-Édouard Deldique reçoit un des grands philosophes français dont le dernier ouvrage « Comment pensent les démocraties » (Albin Michel et non plus Gallimard l’éditeur historique du penseur), s’inscrit dans la continuité de son travail sur la sortie de la religion et la genèse de la modernité politique.

    Au fil des pages et au cours de l’émission, il nous propose une réflexion de longue durée sur les idéologies : leur apparition, leur fonction et leur transformation dans les sociétés démocratiques. Le grand et discret philosophe y voit un outil essentiel pour comprendre comment les démocraties se représentent elles-mêmes, comment elles se projettent dans l’avenir et comment elles affrontent leurs crises actuelles.

    L’auteur retrace la généalogie des idéologies depuis le XVIIIè siècle, moment où les sociétés occidentales basculent d’un ordre fondé sur la tradition et la religion vers un monde où les individus doivent inventer leur avenir.

    Avec une année de naissance précise : 1796. Il explique pourquoi dans le livre et l’émission.

    Pour lui, les idéologies sont constitutives des démocraties modernes : elles ne masquent pas la réalité, elles la rendent intelligible. Elles permettent aux citoyens de se situer dans un monde où l’autorité ne vient plus d’en haut mais doit être construite collectivement.

    D’évidence, même si les idéologies structurent la vie démocratique, leur pouvoir demeure énigmatique. Elles inspirent les grands mouvements d’opinion, organisent les clivages, mais elles évoluent, se transforment, se délitent parfois.

    Marcel Gauchet montre comment leur succession depuis le XIXè siècle reflète les tensions internes des démocraties : entre liberté et égalité, individu et collectif, progrès et désenchantement.

    L’essai s’inscrit dans un contexte où les démocraties semblent traversées par un pessimisme profond : montée des populismes, défiance envers les institutions, fragmentation idéologique. Les analyses de Gauchet résonnent avec ce climat : il montre que les démocraties peinent aujourd’hui à penser leur propre devenir, faute de cadres idéologiques suffisamment robustes pour orienter l’action collective.

    Et il précise que les idéologies existeront toujours. Elles se transformeront mais elles persisteront.

    Programmation musicale :

    - ‎‎Herbie Hancock - Maiden Voyage

    - ‎‎Nat King Cole - Night Lights

    - ‎‎Joe Pass - Django.

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    1 h
  • L’internet génère une pensée néoréactionnaire, selon Arnaud Miranda
    Mar 8 2026

    Cette semaine, Pierre-Édouard Deldique, consacre un numéro d’IDÉES à la pensée néoréactionnaire aux États-Unis - influente parmi les acteurs de l’administration Trump - avec son invité, Arnaud Miranda, docteur en Théories politiques, auteur d’un essai à la fois éclairant et inquiétant intitulé « Les Lumières sombres, comprendre la pensée néoréactionnaires » publié chez Gallimard, dans une nouvelle collection, « La bibliothèque de géopolitique » avec la revue Le Grand Continent.

    Il s’agit ici d’une plongée dans un des courants intellectuels les plus déroutants et influents de la droite radicale contemporaine. Son nom ? La « néoréaction ».

    Ce courant constitue une contre‑culture structurée, née sur Internet dans les années 2010‑2020. Ses figures majeures, souvent anonymes ou dissimulées derrière des pseudonymes, développent une pensée mêlant références libertariennes, « technofuturiste », traditionalistes et anti‑égalitaires.

    Arnaud Miranda nous propose une histoire numérique en quelque sorte des idées néoréactionnaires, en analysant textes, réseaux, modes de diffusion et stratégies de ces penseurs d’un genre nouveau.

    Les idées néoréactionnaires, telles que les présente de façon très pédagogique, Arnaud Miranda dans le livre et au cours de l’émission, sont tranchées ; rejet de la démocratie jugée inefficace, corrompue et incapable de gérer la complexité du monde contemporain, promotion d’un modèle monarchique où l’État serait dirigé comme une entreprise, foi dans la technologie comme instrument de gouvernement et de contrôle social, vision étroite du progrès qui renverse l’héritage des Lumières au profit d’un rationalisme élitiste et autoritaire.

    Arnaud Miranda qui, au micro de cette nouvelle édition d’IDÉES et dans les pages de son essai, sait parler clairement de choses complexes, montre que les catégories habituelles — populisme, extrême droite, conservatisme — ne suffisent pas à saisir la néoréaction.

    Il propose donc une typologie renouvelée des droites contemporaines, attentive ô combien aux techniques numériques, bases de tout leur édifice idéologique, aux hybridations idéologiques et aux formes d’autorité propres à l’ère technologique.

    Il s’agit d’une révolte élitiste contre la démocratie qui emprunte autant à la Silicon Valley qu’aux penseurs réactionnaires européens.

    Une émission à écouter absolument car ce courant de pensée se propage un peu partout.

    Programmation musicale

    - ‎Aaron Xeres - Two Shadows

    - ‎Labi Siffre - Cannock Chaze

    - ‎Chet Baker - The Thrill Is Gone.

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    54 m
  • Jean-Frédéric Schaub : l’histoire exige rigueur et modestie
    Mar 1 2026

    Dans Idées cette semaine, Pierre-Édouard Deldique vous propose une réflexion sur la place de l’histoire dans notre monde contemporain, avec son invité l’historien Jean‑Frédéric Schaub, auteur d’un essai pertinent intitulé : « Le passé ne s’invente pas » (Albin Michel). Au fil des pages, ce spécialiste de l’histoire des mondes ibériques s’arrête sur la manière dont les sociétés produisent et manipulent le passé.

    Dans un contexte saturé de récits identitaires, de réécritures politiques et de « vérités alternatives », il interroge la fragilité de la vérité historique et la responsabilité des historiens face aux usages publics de l’histoire à l’heure de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et des « vérités alternatives ».

    Il dénonce « le temps qui s’est laissé envahir par l’empire du faux et des faussaires ».

    Dans son livre, et dans l’émission, Jean-Frédéric Schaub souligne à ceux qui l’auraient oublié, que l’histoire n’est pas un récit parmi d’autres, mais une discipline fondée sur des méthodes de vérification, de critique et de confrontation des sources. C’est une science.

    L’historien n’est pas un romancier, mais un enquêteur même s’il se fait l’avocat de la littérature. Mais histoire et littérature ne se confondent pas même s’il existe une « littérature du réel » ou « littérature de non-fiction ». Il fustige également la tentation qu’ont certains historiens de se raconter eux-mêmes. Il n’a aucune attirance pour « l’ego histoire ».

    Notre invité insiste sur la dimension épistémologique du travail historique : la vérité historique n’est jamais absolue, mais elle est le résultat d’un protocole rigoureux. Selon lui, c’est cette rigueur qui distingue l’histoire de la propagande, de la mémoire ou du « roman national ».

    Jean-Frédéric Schaub ne nie pas l’importance de la « mémoire collective » entretenue par un État (le Panthéon en France) mais il rappelle que la mémoire n’est pas l’histoire. La première est sélective, affective, orientée ; la seconde est critique, argumentative, ouverte à la révision.

    Jean‑Frédéric Schaub signe ici un livre combatif. « Le passé ne s’invente pas » rappelle que l’histoire n’est pas un réservoir de mythes mobilisables à volonté, mais une discipline exigeante qui repose sur la critique, la preuve, la confrontation des interprétations, et la maîtrise des langues pour aller au plus profond des archives et de la compréhension des peuples colonisés notamment.

    Dans un moment où les récits identitaires prolifèrent, où la désinformation brouille les repères, où la mémoire supplante parfois la connaissance, l’invité d’IDÉES ce dimanche propose une boussole intellectuelle : défendre la vérité historique comme bien commun. Sur la bandeau rouge qui entoure la couverture de cet ouvrage, on lit : « Contre les réécritures de l’histoire ».

    Au fond, défendre l’histoire, c’est défendre la démocratie.

    Programmation musicale :

    - ‎Jamiroquai - Virtual Insanity

    - ‎Mehldau Brad / Blade Brian / McBride Christian / Redman Joshua - Past In The Present

    - ‎Duke Ellington / John Coltrane - In a Sentimental Mood.

    Más Menos
    52 m