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  • Avec la flambée des prix du carburant, des bateaux de pêche restent à quai
    Apr 2 2026
    En France, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, le diesel a battu un record : près de 2,20 euros le litre. Vendredi 27 mars, une remise de 20 centimes d'euros par litre de carburant a été annoncée sur les factures des agriculteurs, des routiers ou des pêcheurs par le gouvernement. Mais ce n'est pas assez, disent certains pêcheurs, car les prix des carburants pèsent sur leur activité. De notre envoyé spécial à Boulogne-sur-Mer, À Boulogne-sur-Mer, dans le plus grand port de pêche de France, certains bateaux ne sortent plus en mer car pêcher coûte trop cher. Au fond de la cale d'un bateau, des marins installent une grande cuve métallique. Elle servira bientôt, espère Jérémy Margollé, à trier les sardines. Car pour le moment, son chalutier reste à quai. « Normalement, je devrais être en mer, mais là, avec les circonstances, la flambée du gasoil, on a préféré stopper pour se mettre en arrêt technique, pour faire l'entretien et les peintures, explique le pêcheur. Là, ça va faire la deuxième semaine qu'on est stoppés. » Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le prix du gasoil marin a presque doublé. Résultat, pour les plus gros bateaux comme le sien, pêcher n'est plus rentable. « Un bateau comme nous, c'est un chalutier de 24 mètres, ça consomme entre 10 000 et 12 000 litres, du lundi au vendredi, vous sortez, vous n'avez encore rien pêché, vous savez que vous allez devoir sortir à la fin de la semaine au moins 13 000 euros. Vous n'aurez pas encore payé vos gars, vous n'aurez pas encore payé vos crédits et toutes les charges qui vont avec, liste-t-il. Et au final, il faut s'adapter à des choses moins gourmandes en gasoil, etc. On pourrait toujours sortir, mais sortir à perte, ça ne m'intéresse pas. » À lire aussiCarburant en France: mobilisation des routiers face à des mesures gouvernementales jugées insuffisantes « Je préfère travailler » À l'avant du chalutier, Florian et Michel, deux générations de pêcheurs, repeignent le pont et pour eux, rester à terre, c'est perdre de l'argent. « Allez dire à un terrien : "Vous allez travailler du lundi au vendredi pour zéro euro", il va vous répondre quoi ? Je veux dire, je préférerais être en mer et gagner de l'argent que d'être à quai et avoir le salaire minimum et être là à faire de la peinture, s'agace le jeune pêcheur. Je préfère travailler quoi. On a un salaire à la part. Si on avait le gasoil à 0,60 euro sur une semaine de 20 000 euros, on va partager 500 à 600 euros. Et là, si on gagne les 100-200 euros dans notre semaine, ça sera une belle semaine. Et encore, si le gasoil n'augmente pas plus. » « Les jeunes, qu'ils arrêtent tout de suite parce qu'ils sont mal barrés. L'avenir n'est plus tellement dans la pêche, non ? », interroge Michel. ‬« C'est vrai que moi, à l'âge de 30 ans, il y a des questions à se poser, répond Florian. Si le gasoil continue à ce prix-là pendant deux-trois mois, c'est toute la flottille qui stoppe et ce sont des marins sur le carreau. Donc à des personnes comme Michel qui arrivent en fin de carrière, ils arriveront toujours à finir autre part, mais nous, on a quand même plus de 20 ans à tirer, donc il y a quand même des questions à se poser et se dire qu'on ne va pas aller en mer brûler du gasoil pour rien. Donc il faut se poser des questions. » En attente d'aides de l'État C'est pour obtenir des réponses et surtout alerter les autorités que le Comité national des pêches appelait le 1ᵉʳ avril un peu partout en France à débrayer quelques heures. Sur des vidéos en ligne, des pêcheurs filment leurs actions. L'État s'est pourtant mobilisé pour les pêcheurs. Ce mois-ci, une aide de 0,20 euro par litre de carburant doit être débloquée, mais c'est encore insuffisant pour la filière. « Même avec une aide de 0,20 euro aujourd'hui, un gazole qui est à plus d'1,20 euro, on se rend bien compte que c'est très très compliqué pour toute la flottille de chalutiers senneurs, parce que ce sont eux les plus dépendants du gazole, explique Louis Gustin, le directeur du Comité régional des pêches des Hauts-de-France. Ça peut représenter 50 % de leur chiffre d'affaires actuellement. Si demain on ne maintient pas les apports, en fait, ce sont des parts de marché qui vont partir. L'acheteur, il va aller acheter son poisson ailleurs, sur d'autres places portuaires, ailleurs en Europe, sur les produits de la filière aquacole. » Une nouvelle augmentation des carburants de 0,20 euro par litre, prévient le Comité des pêches, risque aussi de toucher les plus petits bateaux qui, pour le moment, encaissent le choc et continuent de sortir en mer. À lire aussiFrance: face à la hausse du prix des carburants, le gouvernement annonce des «aides ciblées»
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  • Des jeunes majeurs sortis de la protection de l'enfance soutenus par des associations
    Apr 1 2026

    En France, il y a quatre ans, était adoptée la loi Taquet. Son objectif : prolonger l'accompagnement des jeunes sortis du dispositif de l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Avant cette loi, l'ASE les protégeait jusqu'à leurs 18 ans, depuis, elle doit les accompagner jusqu'à leurs 21 ans. Ainsi, 32 000 jeunes majeurs ont été pris en charge grâce à cette législation. Mais des inégalités de suivi entre départements demeurent et beaucoup d'associations estiment que cet accompagnement reste insuffisant. Alors certaines, comme La Touline des Apprentis d'Auteuil, sont actives sur le sujet et proposent des dispositifs d'accompagnement après la sortie de l'ASE.

    Dans un des bureaux de La Touline situé derrière la chapelle des Apprentis d'Auteuil, dans le sud-ouest de Paris, Laura Nedelec, chargée d'insertion, reçoit Armel, un jeune majeur sorti du dispositif de l'aide à l'enfance. « Je suis accompagné depuis ma sortie de l'Aide sociale à l'enfance, témoigne-t-il. J'avais 21 ans et du coup, ils ont pris le relais. Vivre avec ma mère, c'était très compliqué. Je me suis retrouvé un peu à la rue et en fait, La Touline, ils m'ont aidé et du coup, grâce à eux, j'ai pu avoir une protection, un toit où dormir. »

    Contrairement à Armel, Ayoubour a dû quitter l'ASE le jour même de ses 18 ans. Un basculement brutal pour le jeune homme qui n'a pas de famille en France. « Du jour au lendemain, on sort de l'ASE, on n'a nulle part où dormir et c'est très, très inquiétant pour les jeunes placés à l'ASE, confie-t-il. Entre mes 18 et 21 ans, je me suis trouvé tout seul. Et ensuite j'ai entendu parler de La Touline. Je me suis tout de suite intéressé, surtout pour les démarches administratives. »

    À lire aussiFrance: à court de solutions, l'Aide sociale contrainte d'héberger des mineurs étrangers à l'hôtel

    Un sans-abri sur quatre est un ancien de l'ASE

    Démarches administratives, recherche d'emploi ou de logement, entre autres, les jeunes qui sollicitent La Touline sont accompagnés par des chargés d'insertion socioprofessionnelle comme Laura Nedelec. « Déjà, La Touline, c'est de la libre-adhésion, donc on n'a pas de contrat avec les jeunes, explique la professionnelle. Ils viennent avec une demande, une question et nous, autant que nécessaire, on les accompagne. Ils sont libres de continuer leur chemin tout en sachant qu'ils ont jusqu'à 25 ans pour revenir si jamais il y avait une autre question – les impôts, les démarches administratives, voilà, ils peuvent venir autant de fois qu'ils veulent. »

    En 2025, La Touline de Paris a accompagné 166 jeunes adultes sortis de l'ASE dans leur transition vers la vie d'adulte. La loi Taquet, adoptée en 2022 va dans ce sens, mais son application reste insuffisante, selon le collectif Cause majeure. « Donc nous, déjà, la première étape qu'on demande, c'est que la loi, elle soit pleinement appliquée dans tous les départements, pas forcément pour tous les jeunes, mais si les jeunes en ont besoin, qu'ils puissent avoir un horizon jusqu'à 25 ans pour pouvoir avoir une transition progressive vers l'âge adulte, défend Florine Pruchon, la coordinatrice du collectif. On plaide également pour que l'État donne davantage de financements en direction des départements, pour pouvoir accompagner correctement ces jeunes jusqu'à leur entrée dans la vie active. »

    Aujourd'hui, en France, un sans-abri sur quatre est un ancien de la protection de l'enfance.

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  • Des stages Égalité des chances pour préparer les concours de grandes écoles artistiques
    Mar 31 2026
    L'objectif de la Fondation culture et diversité, c'est de préparer des lycéens socialement et géographiquement éloignés de la culture aux concours parmi les plus sélectifs des grandes écoles artistiques et culturelles, comme les Beaux-Arts, des écoles d'architecture ou encore de mode. 170 lycéens ont pu participer à des stages intensifs pour l'égalité des chances. Debout ou assis, le plus souvent à plusieurs, ils dessinent, mesurent, découpent, assemblent… Romain se distingue par sa cravate rouge vif. Il a fait preuve de ténacité dans son parcours. « Je sors d'une SEGPA, je n'ai pas pu rejoindre directement le bac pro en architecture et donc j'ai dû passer par un CAP charpentier bois, explique le jeune homme qui était en difficulté scolaire. C'est vraiment une chance pour moi d'avoir été accepté ici. » Le voilà en stage Égalité des chances dans la prestigieuse École nationale supérieure d'architecture de Paris, de quoi le rassurer. « J'avais un petit peu, justement, un manque de confiance, est-ce que j'arriverais à suivre tout simplement les cours…, confie-t-il. J'ai vu que les horaires, quand même, sont plus chargés, les cours plus conséquents qu'au lycée, mais les matières sont vraiment intéressantes et donc ça me permet d'avoir une certaine préparation pour candidater à une école d'architecture plus tard. » Aider ces lycéens dans l'écriture fait aussi partie des objectifs de ces stages. « Ce sont des étudiants qui ont souvent moins l'habitude de lire, qui ont moins confiance en eux, sur les matières littéraires, sur la capacité à écrire et la capacité à formuler, alors qu'en fait, ils ont tout à fait les capacités intellectuelles, explique Camille Bidaud, maîtresse de conférences en histoire architecturale. Là-dessus, il n'y a aucun problème, mais ils ont tendance à se sentir moins légitimes. » Un apprentissage concret Ces étudiants viennent le plus souvent de filières formant à un métier, indique Laurence Veillet, architecte et enseignante à l'ENSA Paris-Val de Seine. « Ils vont justement se réfugier dans cette expertise qu'ils ont, poursuit-elle. Leur force, c'est effectivement cette expertise, leur difficulté, ça va être de prendre ce recul et d'accepter de faire un pas de côté pour être dans l'élaboration du projet et pas dans le côté métier de l'architecture. » Ce pas de côté, Inès semble l'avoir compris : « C'est ce que j'aime dans l'architecture. On pense quelque chose dans sa tête et après on projette une idée en objet réel. » Et ce qu'Antoine apprécie dans le stage, c'est l'expérience pratique : « J'apprends sur le terrain, que ça soit faire les maquettes ou sur tout ce qui est visite, décrit Antoine avec gourmandise. On a fait une visite de chantier, puis les démarches à suivre pour entrer en école d'archi, comment postuler, comment se préparer pour l'entretien et puis pour notre futur. » À écouter dans Reportage FranceLes écoles de la deuxième chance, plus de vingt ans d'accompagnement « Les voir s'autoriser à ouvrir une porte, c'est ça qui m'émerveille » La belle idée du stage, c'est de réunir 30 jeunes venus de toute la France. Une chance selon Inès et Mélanie : « On partage énormément de choses comme vous pouvez le voir. On fait donc des projets en groupe. Voir les idées de tout le monde, ça permet d'avoir une vue d'ensemble beaucoup plus large, beaucoup plus réfléchie. » « J'adore, en tant qu'enseignante, voir mes étudiants se révéler et s'épanouir, partage Laurence Veillet. Ici, avec ces lycéens qui en plus viennent de partout en France, de filières pas toujours très bien considérées, les voir ouvrir une fenêtre, s'autoriser à ouvrir une porte, c'est ça qui m'émerveille. » Permettre à ces jeunes d'exercer le métier qu'ils ont choisi, c'est toute l'ambition de la Fondation Culture et diversité quand on sait que 65 % des élèves des grandes écoles sont issus de milieux très favorisés. À lire aussi«Héritocratie, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (1870-2020)» de Paul Pasquali
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  • À Paris, un salon de l'emploi des réfugiés pour faciliter l'insertion professionnelle
    Mar 30 2026

    En France, le taux de chômage des réfugiés est quatre fois plus élevé que dans le reste de la population. Barrière de la langue, absence de réseau, trous dans le CV... Les obstacles sont nombreux. Pourtant, le statut des réfugiés leur permet de travailler en France. Alors, à Paris, le salon de l'emploi pour les réfugiés sert de porte d'entrée vers le marché du travail.

    Un long ruban de dizaines et de dizaines de réfugiés s'étire le long de la chambre de commerce et d'industrie, en plein cœur de Paris, place de la Bourse. C'est ici que se tient la troisième édition du Salon de l'emploi pour les réfugiés. À l'intérieur, l'ambiance est à la fois électrique et pleine d'espoir. Des centaines de personnes se pressent dans une salle exiguë, où l'on entend des phrases comme « Vous pouvez passer l'entretien », lancées par les recruteurs.

    Pour ces candidats, trouver un emploi en France représente une étape cruciale dans la reconstruction de leur vie après un parcours de migration souvent difficile. Britney, venue d'Haïti, serre contre elle le document indispensable aujourd'hui : son CV. « Est-ce que vous pouvez me parler de votre CV ? », lui demande un employeur. Autour d'eux, une vingtaine de stands ont été installés par des entreprises variées : McDonald's, Amazon, des agences d'intérim ou encore des enseignes de mode.

    Les secteurs représentés sont ceux qui connaissent des tensions de recrutement. Parmi eux, celui de la petite enfance attire particulièrement l'attention. Derrière un bureau encombré de CV, une recruteuse d'une agence de babysitting explique pourquoi la diversité des profils l'intéresse : « Afghans, Chinois, Soudanais ou Angolais... Nos clients sont internationaux, et cette mixité est un atout. »

    Justement, Tiga, une jeune Bangladaise aux lunettes carrées, vient de s'asseoir face à elle. À moins de 30 ans, elle a déjà une idée précise de son avenir : « Je veux commencer une carrière de fleuriste. J'ai besoin d'une formation, mais avant ça, je veux apprendre à parler le français couramment. En attendant, je cherche un travail avec des enfants ou des personnes âgées. » Comme beaucoup de participants, Tiga fait partie de cette jeunesse étrangère confrontée à un taux de chômage particulièrement élevé en France. Chez les moins de 24 ans, il frôle les 20%, et il est encore plus marqué parmi les jeunes issus de l'immigration.

    Clara Papilleau, qui accompagne ces jeunes en Île-de-France, le confirme : « 18% des jeunes que nous suivons sont étrangers, et les obstacles qu'ils rencontrent sont nombreux. » Parmi eux, Emmanuel, 23 ans, arrivé d'Albanie. Vêtu d'un sweat gris, il s'installe devant un recruteur après avoir postulé à plusieurs offres, notamment dans la vente.

    Cette année, le salon bat des records de fréquentation. Plus de 700 personnes sont venues passer des entretiens avec les employeurs. Selon les organisateurs, environ 10% des participants avaient trouvé un emploi grâce à cette manifestation lors de l'édition précédente. Un chiffre qui montre l'importance de ces initiatives pour faciliter l'insertion professionnelle des réfugiés.

    À lire aussiImmigration: un projet de règlement soumis au Parlement européen inquiète les associations

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  • «Je n'arrive plus à enseigner»: l'absence d'AESH fragilise l'école inclusive
    Mar 30 2026
    En France, ce mardi 31 mars est une journée de grève, dans l’Éducation nationale, contre les suppressions de postes et pour la revalorisation des salaires. Et il n'y aura pas que des enseignants dans la rue. Les accompagnants d'élèves en situation de handicap (dits AESH) manifestent aussi pour dénoncer l'état de délabrement de la médecine scolaire. Leur rôle est essentiel dans les classes pour permettre l'intégration des enfants avec des troubles d'apprentissage ou des handicaps lourds. En Seine-et-Marne, près de Paris, plusieurs établissements scolaires manquent d'AESH depuis septembre 2025. Cela fait 30 ans que Cécile est enseignante de CE1. « Cette année, c'est la première fois depuis 30 ans que je pars le matin en me demandant comment je vais faire pour assurer la sécurité de tous les élèves », soupire-t-elle. Dans sa classe, deux enfants auraient bien besoin du soutien d'un accompagnant d'élèves en situation de handicap, plus connu sous l'acronyme « AESH ». Mais depuis sept mois, Cécile doit faire sans. Alors, c'est à elle de gérer les situations les plus délicates. « Ponctuellement, je suis confrontée à des crises. Un enfant qui se lève pour en taper un autre, par exemple. Un autre élève en crise s'est enfui de l'école et il a fallu que je le poursuive. Pendant ce temps-là, je laisse ma classe et les élèves seuls, sans surveillance. » À force de jouer un autre rôle que celui de maîtresse d'école, Cécile dit constater les premiers impacts sur l'ensemble de sa classe : « C'est du temps que je ne vais pas consacrer aux élèves en difficulté d'apprentissage, par exemple. » L'enseignante se dit aujourd'hui épuisée : « Je réclame de l'aide, car je n'arrive plus à enseigner. J'ai vraiment le sentiment de ne pas pouvoir faire mon travail correctement. » Dans cette circonscription académique, 24 AESH seraient nécessaires pour couvrir les besoins. Faute de personnel, les cas de mutualisation sont fréquents : une AESH s'occupe de plusieurs enfants dans la même journée. Les AESH individuels sont devenus la perle rare, confirme Laure, maman d'un petit garçon de 5 ans. « Elles sont mobilisées pour des situations bien plus dramatiques que celles de mon fils, alors que mon enfant a besoin de cet accompagnement. Il apprendrait d'autant plus s'il avait eu le droit à cet AESH demandé par l'équipe enseignante. » Ce traitement différencié est, à ses yeux, le symbole d'une école inclusive au bord de la rupture. « De plus en plus d'enfants se retrouvent en situation de handicap dans les écoles grâce à la loi de 2005. Mais pour cela, il faut des moyens, des enseignants et le personnel nécessaire pour encadrer. » À lire aussiEn France, l'école inclusive craque face au manque de moyens La difficile pérennisation des embauches Dans les couloirs du service départemental de l'Éducation nationale, on se dit conscient du problème. « ​​​​​​​Qu'ils sachent et qu'ils soient persuadés que nous faisons notre maximum », insiste Aline Vo Quang, directrice académique de Seine-et-Marne, qui assure que tous les efforts sont faits pour intensifier les embauches d'AESH. « ​​​​​​​Jusqu'à présent, nous avions des recrutements une fois par mois ​​​​​​​; désormais, nous sommes passés à un format hebdomadaire et nous avons des candidatures. » Mais le plus difficile est peut-être moins de recruter que de pérenniser les embauches d'AESH. C'est ce que souligne, exemple à l'appui, Isabelle Gabay, chargée de l'éducation et de l'enfance à la ville de Savigny-le-Temple, l'une des communes de la circonscription : « ​​​​​​​Sur le département, il y a 3 500 AESH pour un volume budgétisé de 3 ​​​​​​​700. On n'arrive pas à atteindre ce volume d'heures, car certaines AESH démissionnent sitôt recrutées. Elles-mêmes travaillent dans des conditions si difficiles qu'elles craquent littéralement. » Raison pour laquelle il est nécessaire de revaloriser ce métier, plaide Romain Malher, enseignant et membre du syndicat Force ouvrière : « ​​​​​​​On demande à ce que ces personnels nécessaires soient embauchés sous statut de la fonction publique, car les AESH sont bien souvent de simples contractuelles. Elles sont donc exposées à la non-reconduction de leur contrat, ce qui en fait des personnes précaires. » Revaloriser le statut et les salaires des AESH est l'une des raisons qui le poussent à manifester aujourd'hui. À lire aussiÀ Londres, une école produit son électricité grâce à un projet solaire local
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  • Endométriose: concilier études, travail et maladie, un défi quotidien pour des milliers de femmes
    Mar 26 2026

    Le 28 mars est la Journée mondiale de l'endométriose, une maladie gynécologique inflammatoire chronique qui touche environ 2,5 millions de femmes en France, soit une femme sur dix. Pour celles qui en souffrent, concilier études ou vie professionnelle avec les douleurs et les symptômes invalidants relève souvent du parcours du combattant.

    Camille, 21 ans, étudiante, ne connaît plus l'insouciance de son âge. Comme beaucoup de femmes atteintes d'endométriose, elle endure des douleurs intenses qui perturbent son quotidien. « Quoi que je fasse, j'avais du mal à marcher, à me concentrer. Je devais m'allonger par terre à plusieurs reprises pour essayer que ça passe un peu », confie-t-elle. Se concentrer en cours ou pendant un examen devient un calvaire quand la douleur donne l'impression « qu'on est en train de nous arracher le ventre ». Pour elle, comme pour des milliers d'autres en France, chaque journée est une épreuve.

    Élodie Gomez, hôtesse d'accueil et caissière dans un hypermarché, partage ce vécu. Derrière son sourire professionnel se cache une souffrance continue. « C'est vraiment une douleur ignoble, explique-t-elle. J'ai des vomissements, des étourdissements. Quand je me sens mal, je le signale à ma cheffe et je reste à l'accueil. On me laisse gérer, mais eux ne peuvent rien faire. » Pour ces femmes, la maladie impose un rythme épuisant, entre douleurs physiques et charge mentale.

    Le groupe Carrefour a un dispositif spécial pour les femmes souffrant d'endrométriose

    Certaines entreprises commencent cependant à prendre conscience de ces difficultés. Depuis 2023, le groupe Carrefour a mis en place un dispositif pour accompagner ses salariées atteintes d'endométriose. Stephen Bompard, directeur du pôle inclusion et diversité du groupe, explique cette démarche : « Nous avons considéré qu'il fallait apporter une réponse en ouvrant de nouveaux droits. Nous autorisons désormais une absence d'une journée par mois, pendant chaque cycle, pour les femmes souffrant de douleurs intenses. L'objectif est de leur permettre de rester chez elles pendant ces périodes compliquées, sans pression, et de réduire leur charge mentale. »

    Ce dispositif représente douze jours d'absence par an, un changement majeur pour Élodie Gomez. « Ça va être un soulagement, dit-elle. Avant, quand j'allais chez le médecin, on me mettait trois jours d'arrêt d'office. Là, c'est un seul jour, et des fois, je n'ai même pas besoin de trois jours. Je sais que si je ne suis pas bien, je peux rester chez moi sans perdre d'argent. »

    Encore peu d'aménagements spéciaux dans les entreprises

    Pourtant, le chemin vers la reconnaissance de la maladie reste semé d'embûches. En moyenne, il faut sept ans, voire plus, pour obtenir un diagnostic. Et une fois celui-ci posé, en parler n'est pas toujours facile. Camille le résume avec amertume : « C'est une double peine. Il y a d'abord ce que l'on ressent, puis les réflexions de l'entourage qui nous disent de prendre sur nous. Le personnel éducatif n'est pas toujours compréhensif, et c'est une sphère intime. Je ne suis pas toujours à l'aise d'avouer à mes professeurs que je ne viendrai pas en cours parce que j'ai trop mal au ventre à cause de l'endométriose. Mais je dois le faire, car c'est souvent la seule façon d'être comprise et qu'on accepte mon absence. »

    Même si le tabou autour de l'endométriose commence à se lever, les initiatives comme celle de Carrefour restent rares. Peu d'entreprises ont mis en place un congé menstruel ou des aménagements spécifiques pour accompagner leurs salariées. Pourtant, pour des milliers de femmes, ces mesures pourraient faire la différence, entre un quotidien supportable et une lutte permanente contre la maladie.

    À lire aussiSanté des femmes: pourquoi la recherche sur l'endométriose n'avance pas?

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  • Les militants du PS rendent hommage à l'ancien Premier ministre Lionel Jospin
    Mar 25 2026

    Les obsèques de l’ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin se dérouleront ce jeudi 26 mars à 14h30 au cimetière du Montparnasse, à Paris. Un hommage national aura lieu juste avant aux Invalides. Depuis l'annonce de son décès, des personnalités politiques de tout bord ont salué sa mémoire, comme la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, qui a parlé d’une « figure de la Ve République, une éthique de conviction jointe à une intégrité à toute épreuve ».

    Elles se présentent modestement comme des militantes de base. Jeannine, Yolande et Régine ont bien connu l'homme politique. C'est en 1977 que Lionel Jospin est élu au Conseil de Paris, dans le 18e. Ces dames ont milité à ses côtés et l'appellent par son prénom, Lionel. Pour Régine et Yolande, l'homme était beaucoup moins austère que l'image qu'il renvoyait. « Il était impressionnant, mais austère, non, parce qu'il se dégageait de lui une certaine humanité, se rappelle Régine. Alors quand il y avait des problèmes sérieux, il était rigoureux. Mais quand on était entre nous, qu'on se retrouvait dans l'intimité, vraiment, on rigolait. » Yolande surenchérit : « Quand il nous approchait, c'était la générosité même. »

    Le Lionel Jospin intime, elle l'a bien connu. En tant qu'ancienne secrétaire de section, Jeannine est fière de nous montrer une photo personnelle où on la voit chez elle, à côté du futur Premier ministre. L'homme est souriant, ses cheveux bouclés sont déjà tout blancs. « C'était un modèle d'intégrité, évoque Jeannine avec émotion. Son intégrité le poussait quelquefois à être même un peu dur. Ce n'était pas un homme froid, c'était un homme qui était très sensible. »

    Ancien instituteur, Ariel Lellouche est aujourd'hui trésorier. Lui, c'est l'humilité de Lionel Jospin qui l'a frappé. En témoigne cette anecdote, un jour où l'homme politique avait oublié de payer sa cotisation : « Je n'osais pas lui dire qu'il était en retard sur sa cotisation. Il m'a téléphoné et moi, je n'osais rien dire. Et puis il m'a envoyé une lettre, que j'ai toujours d'ailleurs. Dedans, c'est marqué Lionel Jospin. Rien d'autre. Ni ancien Premier ministre, ni ancien ministre de l'Éducation nationale. Il avait appris que j'avais eu honte de lui réclamer sa cotisation. Il a dit : "Un instituteur ne devrait jamais avoir honte de parler à un ministre." »

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    « Il a toujours été dans la transmission »

    Moment politique inoubliable, ce 21 avril 2002 au soir, où Lionel Jospin assume pleinement son échec à la présidentielle en se retirant de la vie politique. « Quand il est venu en section la première fois après, personne n'osait en parler. On était quand même très émus », évoque Jeannine.

    Aujourd'hui, adjoint au maire socialiste du 18ᵉ, Kévin Havet incarne la relève. Pour lui, l'homme de la gauche plurielle a aussi transmis un héritage fort. « C'est vraiment un modèle pour le militant que l'on est. Et puis, je pense qu'il a toujours été, j'insiste vraiment sur ça, dans la transmission, envers aussi les nouvelles générations, affirme l'adjoint au maire. Dans ses dernières années, le Parti socialiste n'avait plus rien à lui offrir. Mais c'est lui qui a offert aux nouvelles générations de militantes et militants et il a marqué profondément la gauche. »

    Kévin Havet proposera d'ailleurs aux militants d'adjoindre à la section PS du 18e le nom de Lionel Jospin.

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  • Guerre au Moyen-Orient: la diaspora libanaise se mobilise pour aider leurs compatriotes
    Mar 24 2026
    Le Liban, entraîné dans la guerre au Moyen-Orient depuis trois semaines maintenant, après les tirs de missiles lancés sur Israël par le Hezbollah. Depuis, l'État hébreu vise le mouvement armé et la population est sommée de se déplacer au gré des ordres d'évacuation. Près d'un million de personnes sont concernées, soit un Libanais sur cinq a été jeté sur les routes, souvent dans le dénuement le plus total. Conséquences des multiples crises que le Liban a traversées ; l'importance de sa diaspora. On estime que les Libanais de l'étranger sont plus nombreux que les Libanais du Liban. Une diaspora qui se mobilise systématiquement pour les siens. C'est un reportage de Marie Casadebaig à Puteaux, au nord-ouest de Paris. Dans un box de parking souterrain, une petite équipe s'affaire autour d'une quinzaine de cartons. « On est en train de placer les produits qu'on nous a gentiment offerts. C'est apparemment des pansements. » Kory Tahan, comme les autres, est membre du Forum des experts libanais. Une association qui regroupe essentiellement des dirigeants de sociétés issues de la diaspora. Nada Chehab en est la présidente. « Nous, on travaille sur des sujets économiques, sur l'emploi, mais quand on se retrouve dans cet état, on met la main à la pâte. » À chaque crise, l'association se mobilise Depuis le début de la guerre, l'association dont fait aussi partie Artemis Kairouz, une professionnelle du tourisme, centralise les collectes de plusieurs autres ONG. Un premier lot a déjà rejoint le Liban il y a dix jours. « Ce sont des produits alimentaires et des médicaments de première nécessité. » « C'est-à-dire qu'on envoie des choses qui ne peuvent pas être achetées sur place. Ça ne sert pas à grand-chose d'envoyer des choses qui ont été jetées la dernière fois », complète Nada Chehab. Car l'association a de l'expérience. Collecter, trier, emballer est malheureusement devenu une habitude pour ses membres. « On s'est retrouvé il y a de ça à peu près deux ans. On a fait à peu près la même chose. Conséquence encore d'une autre exaction, d'une autre guerre », précise Kory Tahan. Il y a deux ans, une offensive israélienne dans le sud du Liban. Avant cela, l'épidémie de Covid, l'explosion du port de Beyrouth. L'association se mobilise à chaque crise. Mais cette fois, c'est saisi d'une angoisse inédite que Nada, Artémis et Kory tentent d'apporter leur aide. À lire aussiBombardements israéliens au Liban: la diaspora libanaise, entre inquiétude et soutien « C'est une guerre qui n'a ni queue ni tête » « Ce n'est plus une guerre comme toutes les guerres qui sont arrivées. Personne ne sait pourquoi les choses se passent », constate Nada Chehab. « Notre inquiétude n'est pas seulement pour les Libanais qui se trouvent au Liban. Nous sommes un pays de diaspora. Là, par exemple, j'ai une fille à Doha, une autre à Dubaï. Ma famille personnelle est au Liban. Alors moi, je passe mon temps à écouter les nouvelles. Dès que ça barde, je fais un harcèlement aux uns, aux autres. "Juste rappelez-moi, est-ce que tout va bien ? Oui, tout va bien, c'est parfait." Vous ne pouvez pas dormir parce que vous ne savez pas. C'est une guerre qui n'a ni queue ni tête », développe Artemis Kairouz. « On ne peut pas faire quelque chose contre cette guerre qui existe. Notre voix, on va dire, ne dépasse pas peut-être nos cartons ». Mona pointe du doigt quelques lignes en arabe collées sur chaque carton, sous le logo de son association. « Vous savez ce qu'on a écrit là : "Aujourd'hui, et plus que n'importe quand, nous sommes avec vous". C'est notre message. » Un message qui devrait arriver à Beyrouth par bateau dans une quinzaine de jours. À lire aussiOccupation des terres au sud du Liban: «Cette zone est dévastée et quasiment vidée de ses habitants»
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