En France, il y a quatre ans, était adoptée la loi Taquet. Son objectif : prolonger l'accompagnement des jeunes sortis du dispositif de l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Avant cette loi, l'ASE les protégeait jusqu'à leurs 18 ans, depuis, elle doit les accompagner jusqu'à leurs 21 ans. Ainsi, 32 000 jeunes majeurs ont été pris en charge grâce à cette législation. Mais des inégalités de suivi entre départements demeurent et beaucoup d'associations estiment que cet accompagnement reste insuffisant. Alors certaines, comme La Touline des Apprentis d'Auteuil, sont actives sur le sujet et proposent des dispositifs d'accompagnement après la sortie de l'ASE.
Dans un des bureaux de La Touline situé derrière la chapelle des Apprentis d'Auteuil, dans le sud-ouest de Paris, Laura Nedelec, chargée d'insertion, reçoit Armel, un jeune majeur sorti du dispositif de l'aide à l'enfance. « Je suis accompagné depuis ma sortie de l'Aide sociale à l'enfance, témoigne-t-il. J'avais 21 ans et du coup, ils ont pris le relais. Vivre avec ma mère, c'était très compliqué. Je me suis retrouvé un peu à la rue et en fait, La Touline, ils m'ont aidé et du coup, grâce à eux, j'ai pu avoir une protection, un toit où dormir. »
Contrairement à Armel, Ayoubour a dû quitter l'ASE le jour même de ses 18 ans. Un basculement brutal pour le jeune homme qui n'a pas de famille en France. « Du jour au lendemain, on sort de l'ASE, on n'a nulle part où dormir et c'est très, très inquiétant pour les jeunes placés à l'ASE, confie-t-il. Entre mes 18 et 21 ans, je me suis trouvé tout seul. Et ensuite j'ai entendu parler de La Touline. Je me suis tout de suite intéressé, surtout pour les démarches administratives. »
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Un sans-abri sur quatre est un ancien de l'ASE Démarches administratives, recherche d'emploi ou de logement, entre autres, les jeunes qui sollicitent La Touline sont accompagnés par des chargés d'insertion socioprofessionnelle comme Laura Nedelec. « Déjà, La Touline, c'est de la libre-adhésion, donc on n'a pas de contrat avec les jeunes, explique la professionnelle. Ils viennent avec une demande, une question et nous, autant que nécessaire, on les accompagne. Ils sont libres de continuer leur chemin tout en sachant qu'ils ont jusqu'à 25 ans pour revenir si jamais il y avait une autre question – les impôts, les démarches administratives, voilà, ils peuvent venir autant de fois qu'ils veulent. »
En 2025, La Touline de Paris a accompagné 166 jeunes adultes sortis de l'ASE dans leur transition vers la vie d'adulte. La loi Taquet, adoptée en 2022 va dans ce sens, mais son application reste insuffisante, selon le collectif Cause majeure. « Donc nous, déjà, la première étape qu'on demande, c'est que la loi, elle soit pleinement appliquée dans tous les départements, pas forcément pour tous les jeunes, mais si les jeunes en ont besoin, qu'ils puissent avoir un horizon jusqu'à 25 ans pour pouvoir avoir une transition progressive vers l'âge adulte, défend Florine Pruchon, la coordinatrice du collectif. On plaide également pour que l'État donne davantage de financements en direction des départements, pour pouvoir accompagner correctement ces jeunes jusqu'à leur entrée dans la vie active. »
Aujourd'hui, en France, un sans-abri sur quatre est un ancien de la protection de l'enfance.
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