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Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.

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  • France: la flambée des prix du carburant met en péril l'activité des soignants à domicile
    Apr 5 2026

    En France, les prix à la pompe explosent, conséquence de la guerre au Moyen-Orient. Le litre d'essence a passé la barre symbolique des deux euros. La semaine dernière, pour faire face à l'envolée des prix, le gouvernement français a annoncé des mesures de soutien à certaines branches professionnelles, parmi lesquelles les pêcheurs, les agriculteurs et les transports routiers. D'autres, comme les professionnels de santé libéraux, se sentent abandonnés.

    Il est 5h45 lorsque Naouel Helloub se prépare à démarrer sa journée, pochette de soins en bandoulière, devant sa voiture. Infirmière libérale, elle s'apprête à parcourir une quarantaine de kilomètres à travers plusieurs arrondissements de la ville de Marseille pour dispenser des soins à domicile. Une routine qu'elle connaît bien, mais qui, ces derniers temps, lui pèse davantage en raison de la flambée des prix du carburant.

    « Hier, j'ai mis de l'essence et j'ai payé 70 euros, alors que j'ai une petite voiture. D'habitude, pour le plein, j'en ai pour 50 euros. C'est 20 euros de plus, confie-t-elle, préoccupée. Sachant que je fais deux pleins par semaine, je vous avoue que je n'ai pas osé compter, parce que sinon, j'arrête. »

    Mais au-delà de l'aspect financier, c'est une question éthique qui la tourmente : « À un moment, je vais être obligée de sélectionner des patients qui sont à côté. » Un risque qui inquiète particulièrement ceux qui dépendent de ses visites, comme Hassen, son premier patient de la journée.

    Âgé de 65 ans, ce dernier, lourdement malade et sans famille, ne cache pas son angoisse à l'idée de se passer de ses soins : « Je serais dans le pétrin, surtout pour les médicaments, parce que je m'y perds un peu. Qui va me faire la toilette ? Même avec déambulateur, je tombe. »

    Aujourd'hui, les professionnels de santé qui réalisent des actes à domicile bénéficient d'indemnités kilométriques. Elles couvrent le temps de trajet, le coût du carburant et du stationnement. Mais selon Mélanie Ordines, présidente du syndicat national des orthoptistes et membre du bureau de l'Union nationale des professionnels de santé, elles sont loin de suffire : « La Sécurité sociale nous dit que pour aller apporter des soins, ça ne doit pas nous coûter d'argent par rapport à un autre soin. Avant cette augmentation du carburant, ce n'était déjà pas jouable. Désormais, on est encore plus en perte. »

    Pour continuer à exercer, elle revendique des aides immédiates. « On demande des aides financières, des déductions afin d'éviter une nouvelle angoisse de stress financier simplement pour continuer à faire notre métier », insiste Mélanie Ordines. Mais elle demande aussi une priorité à la pompe pour les professionnels de santé. En revanche, elle comme Naouel excluent toute possibilité de faire grève, au nom de l'obligation de soins.

    À lire aussiCarburant en France: mobilisation des routiers face à des mesures gouvernementales jugées insuffisantes

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  • Avec la flambée des prix du carburant, des bateaux de pêche restent à quai
    Apr 2 2026
    En France, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, le diesel a battu un record : près de 2,20 euros le litre. Vendredi 27 mars, une remise de 20 centimes d'euros par litre de carburant a été annoncée sur les factures des agriculteurs, des routiers ou des pêcheurs par le gouvernement. Mais ce n'est pas assez, disent certains pêcheurs, car les prix des carburants pèsent sur leur activité. De notre envoyé spécial à Boulogne-sur-Mer, À Boulogne-sur-Mer, dans le plus grand port de pêche de France, certains bateaux ne sortent plus en mer car pêcher coûte trop cher. Au fond de la cale d'un bateau, des marins installent une grande cuve métallique. Elle servira bientôt, espère Jérémy Margollé, à trier les sardines. Car pour le moment, son chalutier reste à quai. « Normalement, je devrais être en mer, mais là, avec les circonstances, la flambée du gasoil, on a préféré stopper pour se mettre en arrêt technique, pour faire l'entretien et les peintures, explique le pêcheur. Là, ça va faire la deuxième semaine qu'on est stoppés. » Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le prix du gasoil marin a presque doublé. Résultat, pour les plus gros bateaux comme le sien, pêcher n'est plus rentable. « Un bateau comme nous, c'est un chalutier de 24 mètres, ça consomme entre 10 000 et 12 000 litres, du lundi au vendredi, vous sortez, vous n'avez encore rien pêché, vous savez que vous allez devoir sortir à la fin de la semaine au moins 13 000 euros. Vous n'aurez pas encore payé vos gars, vous n'aurez pas encore payé vos crédits et toutes les charges qui vont avec, liste-t-il. Et au final, il faut s'adapter à des choses moins gourmandes en gasoil, etc. On pourrait toujours sortir, mais sortir à perte, ça ne m'intéresse pas. » À lire aussiCarburant en France: mobilisation des routiers face à des mesures gouvernementales jugées insuffisantes « Je préfère travailler » À l'avant du chalutier, Florian et Michel, deux générations de pêcheurs, repeignent le pont et pour eux, rester à terre, c'est perdre de l'argent. « Allez dire à un terrien : "Vous allez travailler du lundi au vendredi pour zéro euro", il va vous répondre quoi ? Je veux dire, je préférerais être en mer et gagner de l'argent que d'être à quai et avoir le salaire minimum et être là à faire de la peinture, s'agace le jeune pêcheur. Je préfère travailler quoi. On a un salaire à la part. Si on avait le gasoil à 0,60 euro sur une semaine de 20 000 euros, on va partager 500 à 600 euros. Et là, si on gagne les 100-200 euros dans notre semaine, ça sera une belle semaine. Et encore, si le gasoil n'augmente pas plus. » « Les jeunes, qu'ils arrêtent tout de suite parce qu'ils sont mal barrés. L'avenir n'est plus tellement dans la pêche, non ? », interroge Michel. ‬« C'est vrai que moi, à l'âge de 30 ans, il y a des questions à se poser, répond Florian. Si le gasoil continue à ce prix-là pendant deux-trois mois, c'est toute la flottille qui stoppe et ce sont des marins sur le carreau. Donc à des personnes comme Michel qui arrivent en fin de carrière, ils arriveront toujours à finir autre part, mais nous, on a quand même plus de 20 ans à tirer, donc il y a quand même des questions à se poser et se dire qu'on ne va pas aller en mer brûler du gasoil pour rien. Donc il faut se poser des questions. » En attente d'aides de l'État C'est pour obtenir des réponses et surtout alerter les autorités que le Comité national des pêches appelait le 1ᵉʳ avril un peu partout en France à débrayer quelques heures. Sur des vidéos en ligne, des pêcheurs filment leurs actions. L'État s'est pourtant mobilisé pour les pêcheurs. Ce mois-ci, une aide de 0,20 euro par litre de carburant doit être débloquée, mais c'est encore insuffisant pour la filière. « Même avec une aide de 0,20 euro aujourd'hui, un gazole qui est à plus d'1,20 euro, on se rend bien compte que c'est très très compliqué pour toute la flottille de chalutiers senneurs, parce que ce sont eux les plus dépendants du gazole, explique Louis Gustin, le directeur du Comité régional des pêches des Hauts-de-France. Ça peut représenter 50 % de leur chiffre d'affaires actuellement. Si demain on ne maintient pas les apports, en fait, ce sont des parts de marché qui vont partir. L'acheteur, il va aller acheter son poisson ailleurs, sur d'autres places portuaires, ailleurs en Europe, sur les produits de la filière aquacole. » Une nouvelle augmentation des carburants de 0,20 euro par litre, prévient le Comité des pêches, risque aussi de toucher les plus petits bateaux qui, pour le moment, encaissent le choc et continuent de sortir en mer. À lire aussiFrance: face à la hausse du prix des carburants, le gouvernement annonce des «aides ciblées»
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  • Des jeunes majeurs sortis de la protection de l'enfance soutenus par des associations
    Apr 1 2026

    En France, il y a quatre ans, était adoptée la loi Taquet. Son objectif : prolonger l'accompagnement des jeunes sortis du dispositif de l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Avant cette loi, l'ASE les protégeait jusqu'à leurs 18 ans, depuis, elle doit les accompagner jusqu'à leurs 21 ans. Ainsi, 32 000 jeunes majeurs ont été pris en charge grâce à cette législation. Mais des inégalités de suivi entre départements demeurent et beaucoup d'associations estiment que cet accompagnement reste insuffisant. Alors certaines, comme La Touline des Apprentis d'Auteuil, sont actives sur le sujet et proposent des dispositifs d'accompagnement après la sortie de l'ASE.

    Dans un des bureaux de La Touline situé derrière la chapelle des Apprentis d'Auteuil, dans le sud-ouest de Paris, Laura Nedelec, chargée d'insertion, reçoit Armel, un jeune majeur sorti du dispositif de l'aide à l'enfance. « Je suis accompagné depuis ma sortie de l'Aide sociale à l'enfance, témoigne-t-il. J'avais 21 ans et du coup, ils ont pris le relais. Vivre avec ma mère, c'était très compliqué. Je me suis retrouvé un peu à la rue et en fait, La Touline, ils m'ont aidé et du coup, grâce à eux, j'ai pu avoir une protection, un toit où dormir. »

    Contrairement à Armel, Ayoubour a dû quitter l'ASE le jour même de ses 18 ans. Un basculement brutal pour le jeune homme qui n'a pas de famille en France. « Du jour au lendemain, on sort de l'ASE, on n'a nulle part où dormir et c'est très, très inquiétant pour les jeunes placés à l'ASE, confie-t-il. Entre mes 18 et 21 ans, je me suis trouvé tout seul. Et ensuite j'ai entendu parler de La Touline. Je me suis tout de suite intéressé, surtout pour les démarches administratives. »

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    Un sans-abri sur quatre est un ancien de l'ASE

    Démarches administratives, recherche d'emploi ou de logement, entre autres, les jeunes qui sollicitent La Touline sont accompagnés par des chargés d'insertion socioprofessionnelle comme Laura Nedelec. « Déjà, La Touline, c'est de la libre-adhésion, donc on n'a pas de contrat avec les jeunes, explique la professionnelle. Ils viennent avec une demande, une question et nous, autant que nécessaire, on les accompagne. Ils sont libres de continuer leur chemin tout en sachant qu'ils ont jusqu'à 25 ans pour revenir si jamais il y avait une autre question – les impôts, les démarches administratives, voilà, ils peuvent venir autant de fois qu'ils veulent. »

    En 2025, La Touline de Paris a accompagné 166 jeunes adultes sortis de l'ASE dans leur transition vers la vie d'adulte. La loi Taquet, adoptée en 2022 va dans ce sens, mais son application reste insuffisante, selon le collectif Cause majeure. « Donc nous, déjà, la première étape qu'on demande, c'est que la loi, elle soit pleinement appliquée dans tous les départements, pas forcément pour tous les jeunes, mais si les jeunes en ont besoin, qu'ils puissent avoir un horizon jusqu'à 25 ans pour pouvoir avoir une transition progressive vers l'âge adulte, défend Florine Pruchon, la coordinatrice du collectif. On plaide également pour que l'État donne davantage de financements en direction des départements, pour pouvoir accompagner correctement ces jeunes jusqu'à leur entrée dans la vie active. »

    Aujourd'hui, en France, un sans-abri sur quatre est un ancien de la protection de l'enfance.

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