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De: Premier Regard
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Découvrez une autre facette de l’actualité. Premier Regard montre ce qui reste hors champ : enquêtes inédites, scandales méconnus, informations passées sous silence. Chaque épisode décortique une histoire cachée à l'ombre des gros titres. Parce qu'il 'y a toujours plusieurs versions pour une même histoire.

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Hugo Noirtault
Ciencia Política Ciencias Sociales Política y Gobierno
Episodios
  • Danny Bones, le rappeur IA de l'extrême droite anglaise
    Mar 31 2026

    Il s’appelle Danny Bones. C’est, en apparence, un rappeur britannique issu des classes populaires, en pleine ascension sur les réseaux sociaux. Ses morceaux cumulent des millions de vues. Il parle d’immigration, d’identité nationale, d’un Royaume-Uni qu’il présente comme brisé. Dans ses textes, il accuse ses adversaires de vouloir effacer l’héritage culturel du pays. Son univers met en scène un patriotisme agressif, des appels à la déportation de masse, et une rhétorique très proche de l’extrême droite. Sauf que Danny Bones n’existe pas.


    Derrière ce personnage se cache une création générée par intelligence artificielle. Une identité fictive conçue par un collectif anonyme baptisé le Node Project. Et selon une enquête, ce faux rappeur a franchi une étape supplémentaire : une partie de son contenu a été réutilisée dans la campagne électorale récente du parti britannique d’extrême droite Advance UK, qui aurait rémunéré le Node Project pour produire sa principale vidéo de campagne.


    L’affaire est prise suffisamment au sérieux pour avoir été signalée à la commission électorale britannique. Celle-ci a indiqué examiner les informations dans le cadre de ses compétences. Dans le même temps, TikTok a bloqué le compte du Node Project et Instagram a supprimé plusieurs vidéos liées à Danny Bones. Pour Matteo Bergamini, qui dirige l’organisation Shout Out UK, spécialisée dans l’éducation aux médias et au politique, il s’agirait du premier cas documenté au Royaume-Uni d’un parti enregistré payant du contenu produit par un influenceur entièrement généré par IA et diffusant ce qu’il appelle de la « slopaganda », autrement dit, une propagande de masse fabriquée rapidement, à bas coût, et saturant l’espace numérique.


    Le contenu de Danny Bones, lui, suit une ligne claire. Ses chansons parlent de mondialisation, de fiscalité, de pauvreté, mais surtout d’immigration. L’un de ses titres, sorti fin janvier, présente l’immigration comme le produit d’un complot organisé. Ses quatre morceaux ont dépassé les 250 000 écoutes sur Spotify, et This Is England a plus que doublé son audience en un mois. Découpés en formats courts sur YouTube, TikTok et Instagram, ces contenus totalisent plus de 2,7 millions de vues, puis sont repris par d’autres comptes. En parallèle, les comptes liés à Danny Bones repartagent des figures de l’extrême droite britannique comme Tommy Robinson ou Rupert Lowe. Son compte certifié sur X soutient ouvertement le nouveau parti Restore Britain et évoque même une possible fusion avec Advance UK.


    À l’oreille non avertie, Danny Bones peut sembler crédible. Sa voix paraît humaine, la production musicale est soignée, et l’ensemble est suffisamment cohérent pour tromper une partie du public. Pourtant, selon les spécialistes, produire ce type de contenu est devenu très simple. Avec des outils d’IA accessibles au grand public, il est possible de générer en quelques minutes des morceaux comparables. Avant cela, fabriquer un tel univers aurait demandé des mois. C’est là que réside le vrai enjeu. Pour des chercheurs du Alan Turing Institute, la musique joue depuis longtemps un rôle central dans la structuration de l’extrême droite : elle crée une culture commune, de la confiance, un sentiment d’appartenance. Or l’audio reste l’un des formats les plus difficiles à modérer efficacement, alors même que les équipes de modération et de sécurité diminuent dans de nombreuses plateformes.


    Quant au Node Project lui-même, il reste opaque. Il dit n’être lié à aucun mouvement ou organisation. Reste une question centrale : s’agit-il d’un projet idéologique, d’une opération commerciale, ou des deux ? Matteo Bergamini parle d’« économie de la haine » : un système où les contenus inflammatoires génèrent à la fois influence et revenus. Et à l’approche des prochaines élections générales, une autre interrogation émerge : cette expérimentation n’est-elle qu’un début

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  • OCDE s'attaque (enfin) à l'évasion fiscale ?
    Mar 24 2026

    En 2015, une initiative majeure voit le jour sur la scène internationale. Les pays de l’OCDE, avec le soutien du G20, lancent un plan d’action contre ce que l’on appelle l’érosion de la base fiscale et le transfert de bénéfices — en anglais Base Erosion and Profit Shifting, ou BEPS. L’objectif est clair : limiter les stratégies d’évitement fiscal des multinationales, qui se sont fortement développées avec la mondialisation. Car depuis plusieurs décennies, de nombreuses entreprises internationales exploitent les failles du système fiscal mondial. Elles jouent des différences entre les législations nationales pour réduire leur imposition. Le mécanisme est souvent technique, mais il repose sur une idée simple : localiser les profits là où les impôts sont les plus faibles.


    Parmi les outils utilisés, les prix de transfert occupent une place centrale. Il s’agit de transactions internes à un même groupe, entre filiales situées dans différents pays. Une entreprise peut ainsi facturer une prestation à une autre entité du groupe à un prix ajusté, afin de déplacer artificiellement les bénéfices vers une juridiction plus avantageuse sur le plan fiscal. Face à ces pratiques, le plan BEPS entend instaurer plus de transparence et mieux encadrer ces stratégies. Dix ans plus tard, la question se pose : ces mesures ont-elles réellement produit les effets attendus ?


    Les premières évaluations dressent un constat nuancé. À l’échelle globale, une étude menée par des économistes montre que l’évitement fiscal international n’a pas significativement reculé dans les années qui ont suivi la réforme. Entre 2015 et 2019, les profits des multinationales ont continué à croître plus rapidement que ceux de l’économie mondiale. Dans le même temps, la part des bénéfices localisés dans des territoires à fiscalité très faible est restée stable, autour de 37 %. Quant aux pertes fiscales associées à ces pratiques, elles auraient même légèrement augmenté, passant de 9 à 10 % des recettes fiscales mondiales.


    Un autre dispositif clé du plan BEPS est le Country by Country Reporting, ou déclaration pays par pays. Il impose aux grandes entreprises de détailler la répartition de leurs profits et de leurs activités à travers le monde. Selon une étude, cette obligation de transparence a entraîné des changements dans l’organisation des entreprises, avec des transferts réels d’investissements et d’emplois vers des juridictions fiscalement attractives. Ces résultats convergent vers une idée importante : les incitations fiscales n’ont pas disparu. Elles ont simplement modifié les comportements, en incitant les entreprises à combiner optimisation fiscale et présence économique plus tangible.


    Mais une autre dynamique, plus discrète, apparaît dans les analyses récentes. Dans un travail de recherche consacré à cette question, des économistes avancent que les pratiques d’optimisation fiscale se seraient partiellement déplacées vers des entreprises de taille intermédiaire. Le plan BEPS cible en priorité les grandes multinationales. Il fixe notamment un seuil de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé au-delà duquel les obligations de reporting deviennent contraignantes. Les entreprises en dessous de ce seuil sont soumises à des exigences plus limitées. Après 2015, certaines entreprises de taille moyenne auraient renforcé leur présence dans des juridictions à fiscalité avantageuse. Cette évolution s’expliquerait par la réduction des incertitudes juridiques et des coûts liés à ces stratégies, grâce à la standardisation introduite par le plan BEPS.

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    7 m
  • Próspera, la cité-entreprise rêvée par les grandes fortunes
    Mar 22 2026

    Au large du Honduras, sur l’île de Roatán, un projet atypique concentre aujourd’hui les tensions entre économie, politique et souveraineté. Son nom : Próspera. Une « ville-entreprise » fondée en 2017, pensée pour attirer les capitaux étrangers, et présentée comme un laboratoire d’ultralibéralisme. Mais derrière la promesse d’innovation, une question s’impose : jusqu’où un État peut-il céder son autorité ?


    Pour comprendre, il faut replacer ce projet dans un contexte plus large. Ces dernières années, l’actualité latino-américaine a été marquée par des événements spectaculaires, parfois contradictoires. D’un côté, les États-Unis ont accusé le président vénézuélien Nicolas Maduro de narcotrafic ; de l’autre, Donald Trump a gracié l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, condamné pour trafic de drogue en 2024. Ces épisodes, en apparence disjoints, s’inscrivent en réalité dans une dynamique géopolitique plus profonde. Le Honduras occupe une position stratégique en Amérique centrale. Dans les années 1980, il servait déjà de base arrière aux opérations américaines contre le Nicaragua. Plus récemment, il est devenu un point d’appui pour les politiques migratoires américaines et les stratégies d’influence dans la région.


    Concrètement, cette ville-entreprise dispose d’une autonomie très large. Elle peut fixer un taux d’imposition extrêmement faible, autour de 1 % pour les entreprises, contre environ 25 % au niveau national. Les litiges sont tranchés par arbitrage privé, et non par les tribunaux honduriens. Elle peut aussi choisir d’appliquer des règles inspirées de différents systèmes juridiques à travers le monde, voire en créer de nouvelles. Pour y résider, il faut payer environ 1 000 dollars. Les recettes fiscales sont réinvesties uniquement dans la zone. Aujourd’hui, plus de deux cents entreprises y sont enregistrées, souvent dans des secteurs comme les cryptomonnaies, mais une grande partie de ces activités reste virtuelle. Sur le terrain, le projet reste limité. Un seul immeuble résidentiel a été construit, alors que les ambitions initiales prévoyaient des dizaines de milliers d’habitants d’ici 2030. Des projets sont annoncés : usine de maisons modulaires, centre éducatif autour du Bitcoin, clinique spécialisée en génétique, ou encore services par drones. Mais cette expansion suscite des inquiétudes. Des habitants dénoncent des risques d’expropriation et une marginalisation des communautés locales, notamment autour de la zone de Crawfish Rock, une communauté afro-caribéenne historique. Les tensions portent aussi sur l’accès aux ressources, comme l’eau ou le littoral. Au-delà du cas hondurien, une étude souligne que ces projets traduisent une transformation plus large des rapports entre capital et souveraineté. Des entrepreneurs issus du monde technologique défendent l’idée de territoires gouvernés selon des logiques économiques optimisées, parfois en dehors des cadres étatiques traditionnels.


    Próspera se présente aussi comme un laboratoire pour des secteurs émergents, finance numérique, biotechnologie, technologies liées à la longévité, avec un encadrement public limité. Un modèle qui attire certains investisseurs, mais qui interroge sur ses implications à long terme. Au fond, Próspera dépasse largement le cadre d’un simple projet urbain. C’est un exemple d’un phénomène plus large : la multiplication de zones économiques spéciales, d’enclaves et de territoires d’exception qui redessinent les contours du capitalisme mondial. Une transformation encore en cours, dont les conséquences politiques, sociales et démocratiques restent ouvertes, et profondément débattues.

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