Pourquoi le prix du simit a été multiplié par 6 en cinq ans ? Podcast Por  arte de portada

Pourquoi le prix du simit a été multiplié par 6 en cinq ans ?

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En Turquie, l’inflation ne se lit pas seulement dans les statistiques officielles. Elle se voit, se touche… et se mange. Depuis quelques années, un aliment en particulier est devenu le thermomètre quotidien de la crise du pouvoir d’achat : le simit, ce petit pain circulaire recouvert de sésame, omniprésent dans les rues turques depuis des siècles. En moins de cinq ans, son prix est passé d’environ 3 livres turques à 20 livres, parfois davantage selon les quartiers. Une multiplication par six, qui résume à elle seule la violence de l’inflation subie par le pays.


Le simit occupe une place unique dans la société turque. Peu cher, nourrissant, vendu partout dès l’aube, il constitue le petit-déjeuner traditionnel des classes populaires. Mais avec la flambée des prix, il est devenu bien plus que cela. Pour de nombreux ménages, étudiants, chômeurs ou travailleurs précaires, le simit est désormais aussi un déjeuner, parfois même l’unique repas de la journée. Quand les revenus stagnent et que les prix explosent, ce pain devient un refuge alimentaire.


Pourquoi une telle hausse ? D’abord parce que le simit concentre plusieurs facteurs inflationnistes. La farine, l’énergie, le transport et les loyers commerciaux ont tous fortement augmenté. L’alimentation affiche une inflation proche de 35 % sur un an, le logement dépasse 50 %, et l’éducation plus de 65 %. Même un produit simple, composé de farine, d’eau et de mélasse, n’échappe pas à cette spirale.


Ensuite, particularité turque, le prix du simit est encadré par l’État, au même titre que le salaire minimum. Officiellement plafonné, il est régulièrement réajusté à la hausse pour suivre – imparfaitement – l’inflation. Au 1er janvier, une nouvelle augmentation de 27 % est prévue. Une hausse inférieure à l’inflation officielle, ce qui signifie que le pouvoir d’achat continue de reculer.


Le paradoxe est là : même quand l’inflation ralentit, les prix restent durablement élevés. Après avoir dépassé 75 % en rythme annuel en 2024, l’inflation est retombée autour de 30 %, mais sans retour en arrière. Le simit ne redeviendra pas bon marché. Il incarne ce phénomène bien connu des économistes : la rigidité à la baisse des prix.


Le symbole est d’autant plus fort qu’il renvoie à l’histoire politique du pays. En 1993, alors candidat à la mairie d’Istanbul, Recep Tayyip Erdogan dénonçait déjà un système dans lequel une famille ne pouvait vivre décemment en ne consommant que des simits et du thé. Trente ans plus tard, le calcul refait montre qu’une famille nourrie ainsi dépenserait près de 22 500 livres par mois, soit l’essentiel du salaire minimum, qui concerne plus de 11 millions de travailleurs.


Ainsi, le simit est devenu bien plus qu’un pain. Il est le baromètre social d’un pays où l’inflation, même en recul, continue de ronger le quotidien. Et tant que ce symbole restera hors de portée, la crise restera tangible pour des millions de Turcs.


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